À. L. KR. Dossier
sa pauvreté, n’en est pas moins le seul journal quotidien en Europe qui défend l'Église et cela avec un courage et une intelligence chaque jour croissante.
Aussi est-il décidé à faire tout ce qu’il pourra
à . 3 . sont À pour maintenir ce défenseur wnique de la religion sans mélange de l'ambition ou d'intérêt profane 1.
Les événements se précipitent. Montalembert les raconte ainsi à Lacordaire le 30 avril 1839 :
.… Bailly ne voulait plus aller. Tout allait tomber à l’eau. Je me suis donc exécuté, et j’ai cru que la Providence exigeait de moi le sacrifice d’une partie de la fortune que la mort de ma mère met à ma disposition. Le déficit actuel de l'Univers est de 25.000, toutes les actions étant consumées. Le annuel (sic),en supposant que le nombre des abonnés n’augmente pas, sera de 28.000. Je donne de ma poche 25.000 francs pour combler le déficit et remettre le journal à flot, et je cherche en ce moment à trouver les moyens de faire marcher le journal, ainsi débarrassé, avec les perfectionnemens nécessaires. La direction de la rédaction me sera abandonnée exclusivement. Le bon Dulac sera directeur ordinaire : il a fait merveille depuis un mois, comme tu l'aurais vu si tu avais lu le journal. Saint-Chéron fera la partie politique. Roux dont les lettres ont fait le plus grand effet contribuera à y écrire, ainsique les deux Bonald. Ainsi tous les hommes purs, quoique divisés par la Politique, se réunissent sur notre terrain. Je veux changer le nom du journal afin de le dégager de ses antécédens de sacristie aux yeux du public, sans lui faire perdre ses abonnés ecclésiastiques. Je pense lui donner celui d’Indépendant. On augmentera la justification sans augmenter le prix.Il y aura une partie scientifique très soignée par MM. Lebaudy, Gouraud et les hommes de l’Européen ; plus de petits faits religieux sans portée, plus d’articles de remplissage ; enfin c’est un effort désespéré qui sera la dernière chance que je tenterai dans la voie du journalisme... ?.
Le 10 mai 1830, Montalembert confie à son Jowrnal que son beau-père et tous ses amis l’onit détourné vivement de ce pro-
1. Lettre de Montalembert à Rio : 12 avril 1839 ; citée par Sr. C. Bowe : F. Rio, p. 172.
2. À. L. R. Dossier 418. — Lacordaire répondit de La Quercia, le 10 mai, en félicitant Montalembert, et en lui donnant une lettre pour M. de Failly qui, écrivait Lacordaire le 2 mai, lui avait précédemment offert trente mille francs pour une feuille catholique.
jet. Le 23 mai il réunit chez lui Lebaudy avec Saint-Chéron et Dulac et ils se mettent d'accord. Le 29 mai 1839 l’arrangement est ainsi conclu entre Montalembert, Bailly et Lebaudy : Montalembert s'engage à prendre pour quarante mille francs d'actions, dont quinze mille déjà payés sous son nom mais par des amis ; les vingt-cinq mille francs restant payables à partir du 1e juillet suivant, en semestres de cinq mille francs. Montalembert est investi (article 3 du contrat) « de la direction supérieure de la rédaction ». Il choisit les rédacteurs. Bailly cependant se réserve la possibilité de refuser des insertions et d’exclure des rédacteurs (article 7) 1. Le 4 août, Montalembert raconte à Lacordaire :
Nous n’avons pas pu changer de nom (l'Univers) parce que plusieurs actionnaires s’y opposaient et qu'après tout ce n’était pas essentiel : ce quiest beaucoup plus malheureux c’est que mes 25.000 francs n’en ont pas amené d’autres : … les gens à qui Baïlly s’adresse lui disent ouvertement qu’ils ne feront rien pour un journal qui n’est pas une œuvre de parti... Ton ami M. de Failly n’a rien voulu donner parce qu’il aurait voulu que le journal entrât dans un large système démocratique |! Je te demande un peu comme cela aurait plu à Rome, aux Évêques et aux Catholiques français. C’est toujours le même esprit d’idolâtrie, seulement il change d’objet : tantôt on se prosterne devant un trône, tantôt devant le peuple ?.
Montalembert goûtait trop peu la démocratie pour céder sur ce point. Parmi les collaborateurs occasionnels de l’Univers il citait à ce propos, nous l’avons vu, les noms de ceux qui avaient abjuré simultanément l’incrédulité et la foi en la démocratie :
Carné qui a écrit quatre gros volumes en l’honneur des classes moyennes, Louis Veuillot et Roux-Lavergne l’ex-ami de Buchez :.
Quoique Bailly paraisse « plein de feu et de courage“ », Mon-
1. A.L.R. Dossier 574. Exposé du conflit ultérieur, par Montalembert. 2. À. L. R. Dossier 418. Montalembert à Lacordaire : 4 août 1830. 3. À. L. R. Dossier 419. Troisième lettre sur l'aristocratie, infra P. 539. 4. Lettre inédite de Montalembert à Guerrier de Dumast : 12 août
1839. Archives de la famille de Dumast, à Nancy.
talembert se heurte à mille difficultés, les uns refusant leur aide pécuniaire, les autres l’accordant à des conditions très onéreuses comme ce marquis d’Isoard qui voulait faire de
l'Univers le « journal de la grande propriété et du catholicisme » sous sa dictature :.
Je me croyais le plus aristocrate des hommes modernes, écrit à ce propos Montalembert, mais j'avoue que j'ai été tout ébourifté
de la naïve hardiesse avec laquelle ce digne marquis exposait ses idées de grand propriétaire ?.
Les amis eux-mêmes n’encouragent pas. Lacordaire, le 22 août 1839, remarque judicieusement que l’amélioration de l'Univers n’est pas assez éclatante « pour attirer beaucoup d'actionnaires et d’abonnés » ; il croit « qu’un jour il faudra venir à un remède plus héroïque »5. Reconnaissant peutêtre 2n petto qu'il a raison, Montalembert n’enrage pas moins de tracer si péniblement un sillon droit,entre les oisifs dédaigneux, les actionnaires qui refusent de souscrire parce que le journal n’est plus assez partisan, les abonnés enfin « qui écrivent qu’on esé vendu lorsqu’à une défense constante et infatigable des droits de l’Église » on allie quelque impartialité et modération conformes à la charité chrétienne. Il l'écrit à Rio le 2 août 1839 # et le même jour tance vertement Cornudet, soutenant que l’Umivers est bien informé, sain, que de parti pris on répète en souvenir du passé « l'Univers est ennuyeux », qu’il est honteux d’accréditer cette légende 5.
Heureusement, M. de Mérode rapportait de Rome des nouvelles plutôt encourageantes. En audience le Saint-Père avait devant lui prononcé l’éloge de Montalembert :
Bon orateur, bon écrivain, plein de zèle pour l’Église. Iln’a pas été, ajoute Montalembert dans son Jowrnal, aussi aimable pour l'Univers: