Journal : 3 novembre
2. Lettre de Montalembert à Lacordaire : 7 décembre 1839. A. L. R.
3. Chronique catholique : septembre-octobre 1830, infra pP. 565-566.
Le véritable vainqueur, écrivait Montalembert, après cette guerre acharnée et sanguinaire de plusieurs années... ce n’est pas certes le dogme de la monarchie absolue représentée par Don Carlos, mais ce n’est pas non plus le libéralisme modernereprésenté par les Christinos ; c’est il faut le reconnaître, l'esprit provincial... (Les fueros) restent debout comme un magnifique vestige de cette organisation catholique du monde européen, de cette loi admirable de la variété dans l'unité que les monarchies modernes avaient partout bouleversée ou ébranlée avant d’être entraînées ellesmêmes par le torrent des révolutions.
Après avoir ensuite évoqué les passions irréligieuses déchaînées en Espagne et l'impuissance de cet anticléricalisme, Montalembert prétend remonter à la cause de tant de misères : Charles X et Don Carlos auraient expié l’orgueil et l’ingratitude de Louis XIV dressé contre l’Église. La plume de Montalembert excédait ainsi trop manifestement les bornes de la vérité pour que l’'Umivers n'insérât pas, au bas de l’article, une note prudente expliquant que « Louis XIV n’a pas seul » détourné la France du catholicisme intégral. |
L'Univers était pris entre deux feux et siles légitimistes ne lui pardonnaïent pas de séparer la cause de Henri V de celle de Dieu, Isambert à l’extrême gauche protestait äprement contreles critiques du journal catholique. Ce député exigea, le 20 décembre 1830, l'insertion d’une lettre raillant le « patron » del’Univers et son «langage des temps de la Ligue, pour ne pas remonter plus haut... » 1.
Montalembert lui répondit une Lettre à l’Univers ? publiée le 27 décembre 1830.
Je dois désavouer une fois pour toutes, y est-il dit, le titre que M. Isambert, sans doute d’après les renseignements inexacts des journaux légitimistes, me fait l’honneur de me donner, celui de patron de l'Univers. Je ne suis. ni le patron ni le propriétaire de l’'Umvers, je ne suis que son ami dévoué, l’un de ses actionnaires et son très rare collaborateur.
Montalembert se solidarise avec le journal en règle générale, mais n’approuve pas tous ses articles et moins encore certains silences. Après quoi il réfute Isambert.
1. Il répliquait à un article sur le protestantisme. 2O02C;,- L=INND284:
L'orage grondait néahmoins sourdement. Montalembert se plaint, le 11 novembre,
de la négligence avec laquelle M. Bailly s acquitte envers (lui) des devoirs contractés par l'Univers ; … il ne répond à aucune de mes lettres, n’insère aucun de mes articles, ne tient compte d'aucune de mes observations : je suis furieux et violemment contrarié ?.
La fureur éclate dans ces lignes du même jour :
si vous avez le courage de lire l'Univers vous avez dû être étonné du silence qu’il garde sur cette immense question (la réforme de la Chambre des pairs). Croyez bien que ce n’est pas ma faute. A peine ai-je le dos tourné qu’on n’y fait plus rien de ce que je veux.
J'ai beau écrire, crier de loin, ils ne me répondent seulement pas.
Pour le quart d’heure je joue tout à fait le rôle de M. Gogo. Cela ne peut pas durer comme cela et il est possible que j'aie recours à vous pour m'aider à dévoiler quelques Macaires catholiques ?.
Montalembert est assez découragé, en cette fin d’année 1839, et, s’il insiste pour un déménagement des bureaux de l'Univers, « car, dit-il, rester sur la montagne Sainte-Geneviève c’est en quelque sorte quitter Paris » ?, c’est avec l’espoir secret d’essuyer un refus.
Je vous assure, écrit-il à Guerrier de Dumast, que ce prétexte ou tout autre me serait également agréable pour me retirer d’une entreprise aussi stérile en bons résultats et qui me donne chaque jour tant de maux et tant d’ennuis.
Il n’a jamais cru que quarante mille francs et son dévouement suffiraient à stabiliser l’'Umivers, à le transformer en organe puissant, mais il espérait que son exemple entraînerait d’autres générosités. Or, personne n’a bougé.
Que faire en présence d’une masse aussi avare, aussi torpide, aussi ensevelie dans l’idolâtrie des passions et des intérêts humains que celle des catholiques français ? Certes, conclut-il, je n’ai pas