‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 333 sur 394 · Journal : 11 novembre · texte numérisé non relu

Journal : 11 novembre

2. Lettre de Montalembert à d’Alton-Shée, datée de V illersexel : 11 novembre 1839. Revue de Paris : 1° décembre 1906, p. 566. Une phrase citée par Weill.

3. Lettre inédite de Montalembert à Guerrier de Dumast : 13 décembre 1839. Archives de la famille de Dumast, à Nancy.

reçu d’en-haut la mission de la secouer et de la régénérer, et ma solitude est une démonstration éclatante de mon impuissance et de mes illusions 1,

Par ailleurs Montalembert, quand il est loin de Paris, ne ménage pas lescritiques àses collaborateurs : mauvaise correction des épreuves, insuffisance des nouvelles anglaises. Il s’indigne si l’on n’insère pas la copie qu'il envoie. Les rédacteurs se justifient, se plaignent de ce que, travaillant daris des conditions atrocement difficiles, ils reçoivent de cinglants reproches de Montalembert. Ils représentent à ce dernier que, faute de vivre avec eux, il ignore les réactions des correspondants, des visiteurs. L'article de Montalembert sur Don Carlos a fait perdre des abonnés, c’est pourquoi on n’en publie pas un autre sur Villèle — que Saint-Chéron insère au Journal général ?. Guerrier de Dumast intervient pour apaiser Montalembert et l’assurer qu’ «il n’est pas bien de battre ses amis surtout quand ils sont malheureux » #, qu’il faut « déposer le fouet et pousser à la roue » 4 On presse Montalembert de rentrer à Paris,en cet automne 1839, pendant lequel la situation du journal est de plus en plus critique matériellement, ce qui enlève à Bailly toute liberté d’esprit pour diriger.. « L'Univers, écrit Saint-Chéron à Montalembert, est condamné à subir toutes les avanies de la pauvreté 5. » De fait, Bailly ayant à régler des factures arriérées, ne paye ni Du Lac ni Saint-Chéron f.

1. Lettre de Montalembert à Guerrier de Dumast : 20 décembre 1839 ; lettre inédite sauf une phrase citée par Lecanuet, t. IL, p. 59.

2. Lettre de Saint-Chéron à Montalembert : 25 novembre 1830. A. L. R. Dossier 574.

3. Lettre de Guerrier de Dumast à Montalembert : 27 novembre 1839. A. L. KR. Dossier 574.

4. Lettre de Guerrier de Dumast à Montalembert : 4 décembre 1839. A. L. R. Dossier 574.

5. Lettre de Saint-Chéron à Montalembert : 27 décembre 1830. A. L. R. Dossier 574.

6. Lettres de Saint-Chéron à Montalembert : 14 janvier 1840; de Bailly à Montalembert : 4 février 1840 et de Saint-Chéron à Montalembert : 22 juillet 1840. — A. L. R. Dossier 574. Saint-Chéron combine alors le rachat du Journal général par l'Univers. L'opération ne réussit pas merveilleusement puisque la majorité des abonnés du Journal ne passe point à l'Univers.

Avec le nouvel an l'Univers, imprimé en nouveaux caractères, à ce qu’on assure au lecteur, retrouve des forces et Montalembert devient optimiste. A M. de Mérode, le 10 janvier 1840, il annonce en effet que le réabonnement de janvier a été excellent, le meilleur depuis huit ans. La Quotidienne est réduite à déplorer la « défection catholique »,et à conseiller au clergé de ne former des vœux pour Henri V que « tout bas ».

Dix jours après, comme Bailly, Du Lac, Saint-Chéron, Guerrier de Dumast, supplient Montalembert de rentrer à Paris pour s'occuper du journal, il répond une lettre fort découragée qui peint à merveille les alternatives passionnées par lesquelles il passe. De Dumast, pour le stimuler, a magnifié son rôle possible.

Pour faire, réplique Montalembert, ce 18 brumaire dont vous me parlez, pour agir à la César avec cette armée catholique qui refuse de vivre, il faut bien autre chose qu’un homme, il faut de l'argent. C’est toujours la même histoire. Eh bien cet argent je ne l’ai

pas et, cela étant, tous mes efforts seront infructueux. Voilà ma conviction, mon pressentiment intime.

Montalembert précise qu’une des raisons de sa retraite à Villersexel sont des embarras pécuniaires.

L'argent que j'ai donné à l'Univers n’était pas à moi. Il a fallu

que je l’empruntasse, il faut que j’en paye aujourd’hui les intérêts 415 EUOSE

En attendant de se libérer quand la succession maternelle sera liquidée, Montalembert est « obéré ». Il reste prêt à tous les efforts, mais seulement au signal du Pape, des évêques français, « chefs naturels de la guerre sainte », lui prouvant que s’exposer ainsi est un « devoir » et non pas « une idée personnelle, une chimère ». Et de citer à l’adresse des sots qui se refusent à un sacrifice au nom de leurs enfants, oubliant que leur avenir devrait au contraire l’inspirer, le mot de Talleyrand:« Ne me parlez pas de ces pères de famille, ils sont capables de tout »?, |

1. Cette phrase est citée par Lecanuet, t. II, p. 55, note. 2. Lettre de Montalembert à Guerrier de Dumast : 20 janvier 1840, partiellement citée par Lecanuet, t. II, p. 50.

L'Univers poursuit « chancelant et abandonné son petit chemin au milieu d'embarras et de difficultés sans nombre » *. On comble l'Univers d’éloges, écrit Montalembert à F. de Mérode le 12 mars, mais d'actionnaires point, d'abonnés peu. Il se trouve dans la situation du roi de Danemark à l'issue du Congrès de Vienne. L'empereur Alexandre lui disait : « Sire, vous emportez tous les cœurs. — Oui, répondit-il, mais pas une âme ».

Montalembert n’abandonne pas la lutte pour autant. Il ira au bout de ses vingt-cinq mille francs. Il organise avec lord Clifford, Gœærres et l’abbé de Luca une collaboration de la presse catholique internationale.

Dussions-nous même, conclut-il, succomber comme il est probable sous l'indifférence et l’égoïsme des catholiques français, restera toujours quelque chose de nos tentatives.

L'augmentation du nombre d’abonnés encourage, quoique faible. De mille environ à l’automne 1837 ?, tombé à huit cent dix-huit en octobre 1838, il s'élève et atteindra mille six cent cinquante-deux en octobre 1840 *.

Le 20 avril, Montalembert adresse à son beau-père une lettre pressante pour l’engager à venir au secours de l’Umnivers. M. de Mérode accepte de fournir les onze mille francs nécessaires, convenant «qu’il y a là une œuvre très belle et très importante à continuer » 4 Taconnet apporte six mille francs et le déficit est ainsi comblé, « provisoirement », écrit Montalembert 5.

Celui-ci entend bien recueillir le fruit de tant de peines, en gardant la haute main sur la direction du journal. Aussi l’Univers interprète-t-il sans doute sa pensée, quand il s’associe, le 13 mai, à la joie et à l'émotion nationales provoquées par le retour annoncé des cendres de l'Empereur, quand il en prend

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