Tbidem, p
mission sociale, sa mission conservatrice » !. Quatre-vingt-dix pairs contre trente-cinq votèrent dans ce sens et Montalembert rendit compte en ces termes à M. de Mérode de la séance :
Vous aurez été édifié de l’admirable manière dont la Chambre des Pairs a conduit la discussion sur le travail des enfants. Elle y a déployé une sollicitude pour la moralité publique, pour la religion, pour le repos du dimanche, et une étude approfondie et sérieuse de la matière, qui contrastent d’une manière si frappante avec la Chambre des députés que la plupart desjournaux, même le National, l’ont proclamé... Je puis dire que mon discours a eu tous les honneurs de la discussion. Jamais je n’ai été si bien accueilli par la Chambre — et jamais cependant je ne lui ai dit des choses si hardies. Mais il y a dans cette assemblée un sens moral qu’on peut faire vibrer en y mettant quelque adresse ?..
Montalembert ne semble pas, d’ailleurs, se soucier de l’exécution de cette lot relative au travail des enfants employés dans les manufactures, usines ou ateliers qui portera la date du 22 mars 1841. Or,les règlements d'administration publique n’interviendront pas, contrairement au vœu des législateurs, et les insuffisantes prescriptions de la loi ne seront pas observées, faute d’une inspection organisée sérieusement ÿ.
Trop fin pour ne pas sentir quel parti les industriels, gênés par le projet de Dupin, auraient tiré de son échec, Montalembert n’a: pas hésité à réclamer l'intervention immédiate de l’État pour réprimer d’intolérables abus, « le secours de l'autorité contre les excès de l’individualisme ».
Un mois plus tard, défendant les malades pauvres après les enfants des pauvres, Montalembert revendiqua, cette fois, « l'indépendance de la charité contre les abus du pouvoir ».
La commission administrative de l’hospice civil de Lisieux
1 OEC EE UAD 20
2. Lettre de Montalembert au comte F. de Mérode : 12 mars 1840. — Cf. Journal : 4 et 5 mars 1840.
3. Essai sur la législation française du travail des enfants, par Louis Duval-Arnould, pp. 78, 70.
MONTALEMBERT CHEF CATHOLIQUE 463 avait adressé à la Chambre des pairs une pétition contre la substitution d’un économe institué par l'État à la sœur économe. Une mesure ministérielle prescrivait en effet un système unique d’économat pour tous les hospices du royaume.
Montalembert reproche deux tendances aux auteurs de ce décret : leur défiance à l’égard des sœurs que nous envie l'étranger, leur esprit d’uniformité absolue si funeste à toutes les institutions locales et charitables.
Pourquoi dépouiller les sœurs de « la gestion économique des maisons qu’elles maintiennent par leur charité » ? De la Rhénanie à l’armée d’Alger elles font merveille, et Montalembert rappelle qu’on est venu de Prague les chercher, par son intermédiaire, pour y diriger un hospice d’aveugles….
Pourquoi uniformiser, malgré les revendications de toutes les provinces, de la Lorraine au Languedoc, de la Bourgogne à la Normandie ? Respectez, dit Montalembert, l’économat laïque là où il a toujours existé et satisfait, mais maintenez aussi les religieuses dans leur gestion partout où elles n’ont pas démérité. Après un violent coup de boutoir contre la centralisation qui annihile les forces vives, l’orateur démontre les qualités pratiques de cette gestion par les congrégations. « L'économie est une vertu et l’économat n’est qu’une fonction » lance-t-il, et de dérider l'assemblée en énumérant le personnel de l'hôpital de Villersexel :
trois sœurs qui soignent les malades et une fille qui garde la volaille. Cela suffit à tout depuis cent ans. Où voulez-vous donc trouver de la place pour les économes, les secrétaires et les percepteurs dans des établissements pareils ? Et heureusement la France en a beaucoup.
Des mesures générales, soit ; elles existent. Des réglementations minutieuses et ignorantes, non ! Elles constituent une sottise onéreuse. Il invite en conséquence le ministre à ne pas persévérer dans cette voie 1.
Le ministre répliqua qu’il convenait d'attendre les résultats du régime de l’économat.. et la pétition de Lisieux fut renvoyée au bureau des renseignements.