Discours du 2 avril 1842, O. C., t. I, p
Un groupe d'hommes éminents, d’abord religieux et disposés à chercher dans une loi éternelle et suprême, la sanction et la récompense de leurs efforts terrestres. (d’)hommes plus préoccupés des destinées morales du pays que de la manipulation des élections futures, des hommes se fiant pour le succès et la durée de leur existence ministérielle à la grandeur et à la franchise de leur politique, ayant assez de courage pour dire la vérité tout entière à cette Société et à ce peuple, et assez de talent pour les grandir en les contenant.
Montalembert a-t-il jamais vu des ministres de cette taille ? Sans illusion, il ne hausse le discours à ce ton que pour cingler plus durement les inculpés :
… Ah ! certes, je ferais bien vite des vœux pour que le ministère actuel qui ne réunit, à mon sens, aucune de ces qualités-là, tombe et disparaisse pour faire place à de tels hommes...
Pas d’hostilité néanmoins dans ce coup de fouet ; Montalembert ne se plaît pas non plus à humilier stérilement l’homme devant l’ange. Il veut stimuler, corriger, «en ami loyal, sincère, désagréable, très désagréable même », conclutil en souriant, d’un sourire qui atténue l’âpreté de la critique. Le chrétien nuance de bonté, le chevalier revêt d'élégance la lutte livrée pour le bien, mais sans répit ni pardon il entraîne vers cet idéal. Avec lui, selon l’expression d’Ollé-Laprune, l’esprit catholique entre au parlement t.
Privé du vote massif d’un « parti catholique » qui aurait contraint le gouvernement à pencher de ce côté, le chef sans troupe pèse de tout son prestige et de tout son talent sur la balance politique.