Chronique catholique : 23 février 1841, infra p
L'éducation de la jeunesse française est « plus précieuse encore » que les petits séminaires, et c’est tomber dans le « piège » que de sacrifier la première, c’est avaliser l'effet universitaire décrétant le clergé « bon pour former le sacerdoce et non pour former le peuple français ». Immanquablement le gouvernement maintiendra le statu quo pour les petits séminaires, c’est-à-dire le régime des ordonnances de 1828,
un peu lâché par les tempéramens de l’habitude et du présent, mais qu’il sera facile de serrer roide au premier changement d’influence dans le parti qui sera aux affaires.
Moyennant cette trompeuse faveur on exclura le plus possible le clergé de l'éducation laïque. Cette fausse manœuvre de l’épiscopat, Montalembert l’attribue en partie aux rivalités.
Évidemment, dit-il, l’évêque de Chartres (lequel précisément n’a point de petit séminaire et fait élever ses jeunes prêtres par l’Université), l'archevêque de Tours et autres prélats de la Restauration ont eu à cœur de donner un soufflet bien conditionné à leurs confrères de Paris, de Bordeaux et autres, qui, plus bienveillans envers le gouvernement de Juillet et nommés par lui, avaient donné la main à la transaction que tu connais 1.
Prévoyant que la question de la liberté d’enseignement sera discutée à la session suivante (hiver 1841-1842), Montalembert se prépare à la lutte. Il estime deux obstacles « presque insurmontables » : « le manque d’union et de direction chez l’épiscopat » descendu en lice péniblement, tardivement ;
la répulsion violente de la majorité des députés et en général du pays légal pour toute liberté qui doit profiter au catholicisme.
Il faudra se
contenter de peu au moins pour commencer, ce qui n'empêche pas du tout de réclamer beaucoup ? …
1. Lettre de Montalembert à Lacordaire : 20 avril 1841. — A. L. R. — Dossier 418.
2. Lettre de Montalembert à l'abbé Delor : 24 novembre 1841. — Revue de Paris : 1®T juin 1902, p. 465.
1842. L'année s'ouvre par une attaque de Montalembert, dès la discussion de l'adresse. À propos de politique générale, le 1x janvier, il s'étonne
de voir un ministre de l’Instruction publique défendre avec acharnement le monopole de l’Université contre l’intervention féconde et bienfaisante de la religion dans l’éducation, alors peut-être qu’il n'y a pas de question plus vitale et plus importante à examiner que celle de savoir si l’Université qui est, depuis près de quarante ans, exclusivement investie du soin de former l'intelligence des jeunes Français, si cette Université n’a point été (sinon). la cause unique maïs l’une des causés qui ont contribué à former dans le
pays les dispositions au désordre et à l’absence de ce respect que nous déplorons 1.
En vain des protestations ont interrompu l’orateur. Le 1€ mars, Villemain ayant simplement rappelé les décrets impériaux de 1808 et I8II, en réponse à une pétition d’un prêtre de Toulouse qui n’avait pas reçu l'autorisation d'ouvrir une école secondaire, Montalembert prend la parole. Puisque le ministre n’a pas annoncé la prochaine discussion de la loi si attendue, le jeune pair appelle « de nouveau l'attention de la Chambre et celle du public sur de si graves intérêts ». Lui aussi se réfère au décret du 17 mars 1808, qui porte en son article 38 : « Toutes les écoles de l’Université impériale prendront pour base de leur enseignement : 1° les principes de la religion catholique. » Montalembert pose à l’Université cette alternative : obéissez à l’article 38 de votre dé-
cret constitutif. ou bien. donnez-nous la liberté promise par la Charte qui nous permettra, à nous catholiques,
d’obéir à l’empereur. Or jamais l’Université, même sous la conduite de Mgr Frayssinous, n’a pu être animée d’un esprit religieux. Récemment encore l’épiscopat a dû protester contre l’irréligion de cette Université. Donc accordez la liberté. Elle stimulera par la concurrence l’Université, sans ruiner celle-ci comme le prouvent les résultats de la loi sur l’enseignement primaire. Montalembert remarque encore, toujours
en parallèle avec la lettre de Mgr Affre, l'intérêt majeur pour
Tr. O! C., t. I, pp. 306-307. — Cf. Grimaud, op. cit., pp. 281-282, — Lecanuet, t. II, p. 154.
le pays de ne pas priver la jeunesse d’une formation éprouvée, de ne pas livrer exclusivement cette mission sacrée aux variations politiques, aux gouvernements éphémères... Limiter le monopole, exécuter les promesses de la Charte, tel est mon vœu, conclut l’orateur ;
je persévérerai dans cette tâche jusqu’au bout au risque de fatiguer l’indulgencedont cette Chambre m’a donnétant de preuves’...
Plus habile que limpide, Villemain réplique en obscurcissant à plaisir les arguments de son adversaire, particulièrement sur l’enseignement primaire, afin d’en démontrer la faiblesse et de justifier sa loi manquée. Puis il assure que le progrès des croyances, de la moralité, dans la société contemporaine, est réel et imputable en partie à l’Instruction publique. Il n’en veut pour preuve que les opinions de Montalembert lui-même, formé par l’Université. Enfin, au monopole d’État il oppose le monopole souhaité par l’Église. L'influence désirable du clergé, dit-il en terminant, « doit se produire par le droit commun ».
« C’est précisément le droit commun que nous réclamons », s’écrie Montalembert. Nous avons blâmé le dernier projet de loi parce que, loin d’être équitable comme le texte appliqué à l’enseignement primaire, il constituait l’Université, concurrente du clergé pour l’enseignement secondaire, juge des capacités de ce clergé ! Puis Montalembert relève l’assertion du ministre que la société s'améliore, et grâce à l’Université.
Villemain garde le dernier mot, en répétant que l’honorable préopinant dément par son propre exemple le blâme jeté sur l’éducation qui l’a formé...
Les avantages remportés dans un tel duel oratoire ne décident nullement du sort de la guerre. Du ministre, usant systématiquement de moyens dilatoires, ou de ses adversaires, qui se lasseraïit le plus vite ?
Les catholiques, cette fois, avaient du mordant. L’enseignement, subversif à leurs yeux, professé par des membres éminents du corps universitaire, les mécontentait de plus en plus et l’obligation, par le fait du monopole, de confier leurs