Introduction aux Moines d'Occident, p. CCXCVI
3- De Meaux : Avant-propos à un Choix de discours de Montalembert.
4. Expression d’Émile Ollivier, citée par de Meaux : Montalembert, P. 100.
l'assemblée des pairs accueille maintenant avec faveur le jeune orateur qui rehausse sa gloire et dont elle peut sans danger applaudir l'indépendance, puisqu'il n’est pas un compétiteur du pouvoir. Grisé, Montalembert prend souvent la parole — trop souvent, lui écrit-on paternellement : — et accorde peut-être à son art une portée, à son arme une efficacité qui ne sont pas manifestes, Il n’arrache pas de vote, ne renverse point de ministère.
D’autres s’en chargent, et trop souvent. Il entend, lui, dire « la vérité sur le passé et le présent » ?, quoi qu’il en coûte. Il marquera donc son action politique de deux caractères : indépendance et catholicisme.
La première l’isole, inconvénient certain. Elle compromet la victoire. Un capitaine gagne-t-il seul les batailles ? Par exemple, il s’insurge contre une des règles du jeu parlementaire. La stabilité du gouvernement exige, en effet, que le ministère soit soutenu sans réserve par la majorité. Le député, le pair, ne doit pas voter à son gré pour ou contre tel acte du ministère mais pour ou contre le ministère. Tories et whgs alternent au pouvoir, lentement, grâce à ce système. Montalembert ne cherche pas à discipliner aïnsi les parlementaires français. Il prône par son exemple une absolue liberté de vote. Les écarts de ce pur sang rompent brusquement les rangs de l’escadron. Mais pourquoi des rangs quand un galop, bride abattue, le portera librement sur l’ennemi ? — Cette indépendance qui l’isole le hisse aussi sur un pavois. Elle force l’admiration, venge de lâches combinaisons.
« Dire la vérité » c’est se montrer catholique, à temps et à contretemps. Dans la sphère nécessairement étroite, dans les limites — si incertaines soient-elles — de la science et du métier politique, cela met Montalembert mal à son aise, sans d’ailleurs qu’il s’en rende compte. Partisan du « mouvement » à l'extérieur, il déchaînerait la guerre en faveur de la Belgique; il soutient «la résistance» à l’intérieur. Ces positions, les prendil comme catholique ? Onlecroit, puisqu'il s'affiche tel, et l’on
1. Lettre du comte F. de Mérode à Montalembert, à laquelle il répondit le 3 mai 1838.