PREMIÈRE LETTRE SUR L’ARISTOCRATIE
Villersexel, ce 20 septembre 1839.
RTE 1 Lorsque j'ai lu ta diatribe contre l’aristocratie telle que ta lettre me l’a apportée, j'ai cru vraiment lire une page de l'essai sur les mœurs. Il est difficile, ce me semble, d’assembler plus de mauvais jugemens sur les faits, et plus de mauvaises haïnes dans les idées. Je te répondrai avec la même franchise que tu as mise à me parler de ce sujet et dont je te remercie cordialement parce qu’elle doit être la première condition de notre amitié. Je te dirai d’abord que cette lettre me fournit une nouvelle occasion de déplorer la grande facilité avec laquelle tu te laisses entraîner aux opinions et aux partis extrêmes. De ce que j'ai dit qu'il y avait dans la démocratie moderne un esprit infernal, te voilà tout prêt à renoncer à toute communauté d’actions et même d’idées avec moi. Je doute fort cependant que tu puisses trouver dans les rangs de la démocratie beaucoup d'hommes dévoués avec autant de zèle que moi à la cause de l’Église, avec autant de désintéressement à la liberté, avec une aussi tendre sollicitude à ta propre gloire. Tu attaques à la fois l’aristocratie dans le passé, dans le présent et en ce qui me touche personnellement. Je vais tâcher de te répondre sur ces trois points.
Ta longue série d’injures contre l'aristocratie dans l’histoire repose, à ce qu’il me semble, sur des faitsabsolument controuvés et sur des vues on ne peut plus étroites et superficielles.
Elle repose surtout sur une confusion perpétuelle entre l’aristocratie ancienne, puissante et dominante comme elle l’a été depuis Charlemagne jusqu’à Louis XI et ses descendants asservis, décimés sur l’échafaud, et enfin réduits à l’état de domesticité royale par
1. La copie de la lettre, copie revue par Montalembert et conservée par lui, commence à ces points de suspension.
la monarchie, comme ils l’ont été depuis 1500. Ainsi, quand même tout ce que tu dis de ces derniers serait vrai, cela ne prouverait absolument rien contre le principe gouvernemental de l’aristocratie, ni contre ceux qui enontété les dépositaires et les représentants pendant les huit siècles que je te cite et dont tu ne dis pas un mot. Mais d’ailleurs, tes imputations même tombent à faux comme je vais tâcher de te le démontrer. Tu cites ce mot de Chateaubriand, le protestantisme fut une religion de gentilshommes ! Voilà bien un de ces jugemens faux et outrés comme en portent tant ces hommes qui, comme Chateaubriand, Lamennais, Lamartine, Victor Hugo, s’ils ne sont pas d’une nature servile, ont cependant un singulier besoin d’adorer quelque chose d’humain ; et qui, après avoir chanté avec l’enthousiasme le plus exagéré la gloire de la monarchie restaurée, se sont mis après 1830 à lécher les griffes du lion populaire, et ont daigné mettre le catholicisme de moitié dans leur changement de face. À l’époque de la Réforme, l’aristocratie, déjà exclue du pouvoir suprême et débordée de toutes parts, et surtout en France, par la monarchie et les légistes démocrates qui appuyaient celle-ci, l'aristocratie se partagea, comme le monde européen tout entier, entre le principe catholique et le principe nouveau ; mais tous les monumens du temps montrent bien que ce partage fut égal sinon prépondérant du côté du catholicisme. Est-ce que par hasard les Guise, le duc d’Albe, le connétable de Montmorency, toutes ces générations de Northumberland, d’Arundell que la reine Élisabeth fit périr, saint Ignace de Loyola et saint François Xavier, en un mot tous les héros et les martyrs du catholicisme au xvi® siècle n'étaient pas aussi bons gentilshommes que les Coligny et autres qui embrassèrent la Réforme ? Est-ce que tous les manifestes de la Ligue, cette admirable protestation de la société catholique expirante contre l’esprit moderne, ne commencent pas par ces mots : «les princes, pairs et seigneurs de France, etc.» ? La noblesse ne devint protestante que partiellement et pour un temps : elle revint promptement à l’Église et avec d'autant plus de raison que ce protestantisme dont, par la plus étrange altération des faits, M. de Chateaubriand et toi vous voulez la rendre responsable, lui était profondément antipathique dans son esprit comme dans ses institutions. Mais ce qui devint protestant sans réserves et pour toujours, ce fut l'élément démocratique de ce tempslà, c'est-à-dire les villes libres d'Allemagne sans exception, la Hollande révoltée contre l'Espagne, les puritains d'Angleterre et enfin les calvinistes français du xvrr® siècle à qui personne n’a jamais contesté la qualité de républicains zélés. Il n’y avait pas trace d’aristocratie dans tout cela, ce qui ne s'arrange guère avec ta théorie.
Mais ce n’est pas assez pour la pauvre noblesse de France d’avoir inventé le protestantisme : c’est encore elle qui a créé le gallicanisme ! ! Ce sont les évêques grands seigneurs de Louis XIV qui
ont troublé la grande âme de Bossuet au point de lui faire enfanter la déclaration de 1682 ! D'abord rien n’était moins grand seigneur, dans le véritable sens du mot, qu’un évêque, fût-il même de la plus haute naissance, au temps de Louis XIV, alors qu'un mot du maître ou de la maîtresse de ce maître pouvait l’exiler dans son diocèse, comme on disait dans ce temps-là. Encore une fois, l’aristocratie ne consiste pas dans un certain nombre de privilèges de blason ou de cour, mais dans une participation directe et permanente au pouvoir suprême : or la noblesse, laïque ou ecclésiastique, en était totalement exclue sous Louis XIV qui n’eut jamais pour conseillers et pour ministres que des hommes sortis de la bourgeoisie comme Colbert, Louvois et le P. Letellier. Il n’y avait de son temps au monde qu’un seul épiscopat de grands seigneurs indépendans de la royauté et puissants comme au moyen âge, c'était l’épiscopat de Hongrie : ce fut aussi le seul qui en Europe protesta contre les actes du clergé de France ! Il est bon, quand on écrit l'histoire comme tu veux le faire, de ne pas fermer les yeux sur tout ce qui contredit nos passions et nos idées. La noblesse en France, en tant que puissance politique et sociale, n’a absolument rien de commun avec le gallicanisme : cette belle doctrine a été créée et mise au monde par les légistes que tout le monde s'accorde à regarder comme les pères et les premiers représentans de la démocratie moderne : Pithou, du Moulin, Guy Couuille, les Talon, en un mot tous les grands hommes de la robe ont forgé le gallicanisme pour l’usage de la monarchie, en même tems qu'ils renversaient le droit féodal : cette simultanéité tout à fait logique de leur double activité a été parfaitement démontrée par leurs dignes successeurs d'aujourd'hui, MM. Dupin, Isambert et (Hallo ??)aux travaux de qui je te renvoie. Attribuer, en présence de faits pareils, le gallicanisme à l'aristocratie, en vérité cela touche au délire. Il en est de même de tes imputations contre l'aristocratie romaine, espagnole, polonaise, etc. Quoi ! c’est maintenant le prince Orsini et le prince Colonna, ces pauvres et seuls débris de la Rome du moyen âge, réduits au rôle d’assistenti al soglio sans être jamais consultés sur rien et sans pouvoir être jamais revêtus de la moindre charge politique, qui sont, selon ton expression, les plus grands ennemis du Pape et empêchent tout le bien qui pourrait se faire ! Quoi encore, la grandesse espagnole asservie et garrottée par la royauté depuis Philippe II au point de ne pouvoir se marier ou même aller à la campagne sans la permission du Roi, aurait à elle seule introduit en Espagne l'incrédulité ! C'est absolument comme si, après avoir attaché un pauvre vieillard par les pieds et les mains, on mettait le feu à la maison et qu’on vint ensuite lui reprocher d’être incendiaire. Pourquoi, dans les dix siècles de l’histoire de Venise, ne choisir que les cinquante années pendant lesquelles sa noblesse fut en guerre avec Rome et oublier que c’est grâce à cette même noblesse qu'Alexandre IIT put mettre le pied
sur le col de l’empereur devant l’église Saint-Marc ? Pourquoi se taire sur tant de héros qui, avant et après Fra Paolo, donnèrent au monde le plus parfait exemple de l’union de la gloire avec l’humilité chrétienne ? — L’aristocratie polonaise, dont tu ne vois que les vices, fut, malgré ses vices, la seule qui se présenta sur la brèche et qui sauva l’Europe en 1686, alors que Louis XIV, ce grand précurseur de la démocratie moderne, fomentait les efforts des Turcs contre le Saint-Empire, comme Richelieu, cet autre précurseur si admiré, avait fomenté ceux des protestans. — L’aristocratie belge n’est nullement orangiste, sauf les exceptions ; elle est nationale et catholique sauf les exceptions : il suffit pour s’en convaincre de lire la liste des membres du congrès qui ont voté la déchéance des Nassau. — Quant à l'Angleterre, la noblesse y a toujours joué un rôle si distinct de celui des autres noblesses de l’Europe qu’il serait trop long d’entrer dans des détails à ce sujet : je t’engage seulement à suspendre ton jugement jusqu’à ce que tu aies lu le livre dont M. Rio rassemble les matériaux depuis 3 ans sur l’histoire du catholicisme en Angleterre : tu y verras par quels héroïques efforts l'aristocratie anglaise a protesté contre Henri VIII et Élisabeth, quels torrens de sang elle a versés pour l’Église, et combien encore aujourd’hui la cause catholique est antipathique aux progrès du radicalisme. Parles-en en attendant au D' Wiseman et à Lord Clifford quand tu les verras. Ce sont des juges plus compétens que Chéruel dont tu me sembles répéter les idées que je lui ai entendu énoncer à Londres.
L’aristocratie pendant qu’elle dirigeait les destinées du monde a eu des torts immenses et a commis des crimes odieux. C’est ce qu'ont toujours fait et ce que feront toujours les puissances humaines, quelle que soit leur nature ou leur forme. Mais, grâce au ciel, il n’est rien dans les annales de l’aristocratie, quelque noircies qu’elles aient été par les philosophes incrédules, qui approche des horreurs commises par la monarchie et la démocratie : il n’y a rien qui approche, même de loin, de la conduite des Empereurs Romains, produits et idoles de la démocratie victorieuse de Rome, ou du système de la Convention, cet âge d’or de la démocratie moderne. L’aristocratie a enfanté un grand nombre de scélérats et de fous, mais elle a la gloire de n’avoir donné le jour à aucun hérésiarque ni à aucun philosophe incrédule. Luther, Calvin, Cranmer, Voltaire, Diderot, d'Alembert, n'étaient pas sortis de ses rangs, mais elle a donné au monde et à l’Église saint Bernard et saint Thomas d'Aquin, Innocent III et Innocent XI, Godefroi de Bouillon et Simon de Montfort, saint François de Sales et Fénelon entre mille autres. Il y a là de quoi se faire pardonner quelque chose et surtout de quoi mériter un peu d’indulgence de la part d'un catholique et d’un prêtre.
Du reste, je ne puis te le cacher, il mesemble qu’ily a quelque chose d’indigne et de profondément ingrat de la part d’un moine,
à venir, même au fond de son cœur, donner le coup de pied de l’âne à l'aristocratie déchue. Mais qu'est-ce qui a donc contribué à l’établissement des ordres religieux si ce n’est la noblesse ? Qu'est-ce qui les a dotés de sa bourse et protégés de son épée avec une générosité infatigable ? Trouve-moi donc une abbaye au monde qui n'ait dû sinon son origine, du moins sa durée ou sa richesse aux libéralités de quelque seigneur ? Nous verrons ce que la démocratie toute-puissante de nos jours, enrichie à la fois des dépouilles de l’Église et de la noblesse, fera pour les moines du xix® siècle. Jusqu’à présent la comparaison n’est pas trop à son avantage. Tu as pu voir aux portes de ton village cette sainte solitude du Val des choux, fondée et dotée par l'oppression féodale, où la discipline s'était maintenue avec une admirable ferveur jusqu’en 1780, où, deux ou trois ans auparavant, les moines allèrent au péril deleur vie porter du pain et du bois aux villages environnans et où, en 1794, les habitans de ces mêmes villages, à ce qu’on m’a raconté l’autre jour sur les lieux, ont été chercher ces mêmes moines et les ont menés à Chatillon, en les piquant avec des aiguillons de bouviers le long de la route, pour les livrer aux bourreaux de la république. Voilà le genre de service que la démocratie moderne a rendu aux moines. L'avenir sera différent, il faut l’espérer ; mais en attendant, le passé est acquis à l’histoire et à la vérité. Pour moi, depuis que je m'occupe de l’histoire de saint Bernard, j'ai eu entre les mains des documens relatifs à plus de rois cents abbayes de l'ordre de Citeaux ; j’en ai visité près de cinquante de ma personne et j'ai trouvé que, sans une seule exception, elles avaient toutes été fondées, dotées (et quelquefois peuplées) par l'aristocratie, corrompues par la monarchie et enfin profanées et détruites par la démocratie. Cite-moi un exemple du contraire si tu peux. Le château et le monastère ont partout fleuri et péri ensemble. Le château ne se relèvera pas, je le sais ; le monastère se relèvera, jel’espère, mais ce ne sera certes pas pour durer, s’il adopte les haïnes de ses profanateurs et s’il prend pour fondation l’ingratitude envers le passé.
Tu le dis avec grande raison, la servitude de l’Église a commencé il y a trois siècles, mais qu'est-ce qui dominait politiquement le monde avant ces trois siècles, si ce n’est de l’aveu unanime des historiens, l’aristocratie ou la féodalité ? Alors aussi l’Église était libre, plus libre et plus glorieuse qu’elle ne l’a jamaïs été : elle trouvait dans l’aristocratie des armées toujours nombreuses et toujours fidèles pour exécuter ses volontés, témoin les croisades, la guerre des institutions, celle des Albigeois. Le monde se couvrait non seulement de couvens, mais d’hôpitaux, de léproseries, d'innombrables asiles pour toutes les douleurs humaines, de cathédrales sublimes, d’églises et de chapelles sans nombre. Toutes les splendeurs et toutes les bénédictions du catholicisme s’épanouissaient à l’envi : tout parlait de Dieu à l’homme et tous les hommes parlaient sans cesse à Dieu. Ah ! sans doute l’aristocratie
n’était pas la cause d’un état moral si merveilleux, d’une fécondité religieuse si inépuisable : mais il n’en est pas moins démontré que c’est sous son empire que cet état a subsisté et qu’il N’A SUBSISTÉ QU’ALORS. Or, à cette époque de 1500, que tu désignes avec tant de justesse, qu'est-ce qui a commencé en même temps que la « servitude de l’Église», si ce n’est le déclin de l'aristocratie minée et enchaînée chaque jour davantage par la double force dela monarchie et de la démocratie ? A dater de cette époque n’a-t-elle pas perdu successivement toute son ancienne prépondérance et, après avoir été décimée sur l’échafaud par Louis XI, Henri VIII, Richelieu, etc., n’a-t-elle pas été s’éteindre dans les antichambres des Rois ? J’unis à dessein la monarchie et la démocratie parce que leur but et leurs efforts sont identiques, parce que, malgré leur opposition purement apparente, elles sont sœurs, qu’elles ont toujours travaillé l’une pour l’autre, et se substituent l’une à l’autre avec la plus merveilleuse facilité, comme notre histoire moderne le démontre : on se coupe la gorge de tems à autre, mais au fond on sait bien qu’on veut la même chose, c’est-à-dire le despotisme, le renversement de tout ce qui résiste et de tout ce qui dure et la substitution de cette chose d’un moment qu’on appelle tantôt État ou loi ou bon plaisir de S. M. ou volonté nationale, aux traditions historiques comme aux droits les plus sacrés de la famille et de la conscience. Voilà ce à quoi l’on a parfaitement réussi et voilà l’édifice que l’on a élevé sur les ruines de l’aristocratie. Mais aussi, depuis qu'il a été élevé, le catholicisme a toujours été en décroissant, la foi et les mœurs ont partout perdu du terrain : la charité s’est resserrée et a été enchaînée comme la liberté de l’Église. En un mot, le progrès, graduel depuis trois siècles, des idées et des institutions monarchiques ou démocratiques (c’est la même chose, voylez] Michelet, Lerminier, Buchez, etc.) a signalé et amené partout la ruine et la décroissance des idées et des institutions catholiques. Nier cela c’est nier la clarté du soleil : ce sont des faits inscrits à chaque page de l’histoire et dans chaque recoin du sol de l’Europe. Je crois pouvoir te porter le défi de me citer un exemple d’un mouvement contraire. L'Assemblée Constituante était pro-: fondément logique lorsque, après avoir décrété l’abolition des provinces et celle de la noblesse, elle votait aussitôt la constitution civile du clergé (ce qui, soit dit en passant, ne prouve pas trop en faveur de ton origine aristocratique du gallicanisme).
Et maintenant que voyons-nous dans notre France renouvelée et reconstituée par la démocratie, quand nous examinons non pas seulement la surface agitée de la sphère politique mais les entrailles mêmes de la société, là où s’infiltre lentement le cours des idées régnantes et populaires ? Voyons ces campagnes, où, avant 1789, la noblesse déchue de tout pouvoir politique exerçait encore un ascendant immense et un pouvoir odieux : tout le monde reconnaît qu’alors, dans les campagnes du
moins, la foi était sincère et pratique et les mœurs en général pures. Aujourd’hui on peut, ce me semble, apprécier les fruits du système démocratique qui y règne depuis cinquante ans. Ces fruits, quels sont-ils ? L'absence presque totale de la foi chez les hommes, un nombre infiniment petit de communions et de confessions, un immense mépris pour le prêtre, et les filles-mères aussi nombreuses et effrontées que si le fameux décret de la Convention en leur faveur avait encore force de loi, toutes les âmes, toutes les imaginations, toutes les facultés tendues vers un seul but : le gain, un gain sordide et ignoble. Rien ne parle plus à ces populations malheureuses ni de Dieu, ni d’une autre vie, ni du germe d’immortalité déposé en eux (sic) : la poésie a péri dans leurs âmes avec la foi qui l’avait enfantée. Ils n’ont ni souvenirs ni pensées, ni espérance quelconque au delà du lucre qui est leur seul Dieu et leur seule croyance. Si le ciel n’envoie un secours inespéré rien ne pourra égaler dans quelques années la barbarie morale et intellectuelle de nos populations rurales. Et pendant que quelques nobles âmes du sein de la jeunesse corrompue des écoles reviendront à Dieu, nos paysans tomberont de plus en plus à l’état de brutes savantes, car s’ils ne croient plus, en revanche ils savent tous lire et chiffrer. Ceci est littéralement vrai de la plus grande partie de la France ; il n’y a d'exception que pour les pays de montagnes, que les économistes et les avocats démocrates tâchent de rendre chaque jour moins arriérés, et pour le midi encore en partie attaché à l’ancien régime. — Maintenant, demandez au curé de chaque village à quoi il attribue cette immense décadence morale de la race française, et chacun vous répondra : c’est au café où l’on reçoit et où l’on lit le journal démocrate, c’est au notaire, à l’avocat, au médecin démocrate qui use de son influence et de sa richesse pour pervertir l’esprit du pauvre en lui donnant l’exemple d’un mépris affiché pour la religion : c’est surtout au maître démocrate de quelque usine bâtie avec les pierres du château ou du monastère voisin, qui entasse dans ses fabriques une population exploitée avec une impitoyable persévérance, qui la prend dès sa plus tendre enfance pour mieux l’abîmer, qui la force de travailler le dimanche et la laisse s’enivrer le lundi, enfin qui la livre systématiquement à tous les genres de corruption. Et tous ces hommeslà, ayant encore plus horreur du prêtre que du gentilhomme, parce que l’un les gêne encore tandis que l’autre n’est plus rien, plongés dans l'ignorance la plus grossière sur tout ce qu’il importe le plus à l’homme de savoir, ne vivant que dans le matérialisme où leur exemple enfonce chaque jour davantage les masses qu’ils dirigent, tous ces myrmidons de l'intelligence se posent fièrement comme les représentans du progrès, comme les dépositaires de la raison humaine et les bienfaiteurs de l'humanité. Cet excès d’orgueil joint à cet excès d’impiété, voilà ce qui caractérisenon seulement la tendance dominante en France maïs encore dans tous les pays
où ce qu’on appelle les idées françaises ont pénétré, tels que la Belgique, l'Espagne, quelques parties de l’Allemagne et de l'Angleterre. Et voilà ce que j'appelle l'esprit infernal de la démocratie moderne et je ne sais où ceux qui croient à l’enfer (chose infiniment rare parmi les démocrates) pourraient en trouver une image et plus fidèle et plus terrible. AT
Il va sans dire que, quand je me sers dumot démocratie, je n’entends nullement ceux qui sont nés hors de la noblesse ancienne, mais bien ceux qui, quelle que soit leur origine, ont travaillé ou travaillent encore à l'abolition de toute hiérarchie sociale et de toute tradition historique. La naissance ne fait souvent rien à cela : le marquis de La Fayette et le comte de Mirabeau, gens de la plus haute naissance, ont été les plus fougueux démocrates : Chatham, Burke, Casimir Périer, M. Thiers (qui tous deux ont demandé l’hérédité de la pairie), sont tous sortis des classes intermédiaires ou inférieures de la société et n’en ont pas moins été des aristocrates. Maintenant,en traçant d’après nature ce tableau trop fidèle de l’état de notre pays et de notre société, à Dieu ne plaise que je tombe dans les excès que je te reproche et que j'aille dire de la démocratie ce que tu dis avec une si étrange hardiesse de l’aristocratie dont tu ne sais même pas l’histoire: {ous les maux, toutes les ruines, toutes les impiétés, toutes les servitudes sont sorties de celte source !!! Je sais bien que le cum hoc n’est pas toujours propter hoc : je sais qu'il y a bien d’autres causes, inférieures ilest vrai en énergie et en popularité à l’esprit démocratique, mais enfin réelles et indépendantes de lui, qui ont contribué à amener l’état déplorable du monde actuel. Je ne veux pas préciser la part terrible qui lui en revient exclusivement, mais voici ce que je soutiens : de ce que l’impiété et la démoralisation des masses sont entrées dans le monde moderne avec la démocratie et se propagent partout où celle-ci étend son empire, il y a les plus graves motifs pour un catholique et pour un homme de sens de se défier de ce principe au lieu de le proclamer aveuglément, de lui sacrifier tout le passé, de justifier toutes ses haines et d'adopter tous ses préjugés ; car de cela à absoudre tous ses crimes, il n’y a qu’un pas.
De cette justification obligée de l'aristocratie dans le passé, j’en viens au système aristocratique que tu m’imputes pour le présent. Ici encore je dois t’accuser d’injustice et d’inexactitude. Je n’ai aucun système arrêté à cet égard et ne me propose d’en formuler aucun comme tu parais le supposer. Mes opinions sur ce point n'ont pas changé d’un iota depuis le jour où nous avons commencé à nous connaître: j'ai toujours été libéral, dans le sens acceptable de ce mot, et jamais démocrate. Dans ma préface des Pélerins où mon libéralisme a fait le plus explosion, il n’y a pas un mot qui implique la domination absolue de la démocratie substituée à celle de la monarchie dont je racontais les crimes. Je crois encore, comme je croyais alors, que la nationalité des peuples conquis,
la liberté des peuples opprimés, est une cause trèsdistincte de celle du triomphe de la démocratie : je crois même que celle-ci fait tort à celle-là et que les Nicolas et autres monarques de cette trempe ne se sont rendus possibles en Europe que par la frayeur qu’inspire le spectacle des maux innombrables auxquels sont exposées les nations où la démocratie règne sans frein, comme l'Espagne actuelle, les républiques d'Amérique, et la France de 1790 à 1800. Mais il ne suit nullement de là que je rêve le rétablissement de l’ancienne aristocratie française : entre mille obstacles insurmontables, j'en vois un qui l’est peut-être plus que tous les autres, c’est la nature même des débris de cette aristocratie, race profondément abâtardie, ayant encore une foi passive et des mœurs plus (sic) qu'aucune autre classe de Français, mais sans générosité, sans intelligence, sans aucun des instincts de la vie publique, et ayant prouvé par l'épreuve de la restauration qu’elle était incapable de produire autre chose que de braves gardes du corps et d’adroits chambellans. — D'ailleurs, je reconnais la souveraineté de la volonté nationale, en tout ce qui n’est pas contraire à la foi divine ; or, comme il est évident que la France veut être gouvernée démocratiquement et que la démocratie (quelque funestes qu’aient été ses résultats jusqu'à présent) n’est pas en soi contraire à la loi divine, je m’incline devant elle comme devant la loi suprême de mon pays.Seulement, tout en obéissant à cette loi, je suis loin d’être convaincu de sa bonté, elle m’inspire de la défiance ; je l’attends à l’œuvre. Jusqu'à présent, elle n’a constitué que la liberté du mal ; qu’elle nous donne donc cette liberté du bien dont tu as si bien démontré l’absence dans le premier chapitre de ton mémoire et qui était si complète dans les âges aristocratiques. Nous verrons si elle pourra assurer à la France ces deux grands besoins d’une grande nation, que M. Thiers définissait si bien il y a quelques jours, une liberté modérée et une politique élevée. Jusqu'à présent ces besoins n’ont été satisfaits que par des gouvernemens aristocratiques, parce que jusqu’à présent il n’y a eu au monde que des aristocraties qui aient eu à la fois de l’éclat et de la solidité : Rome, Venise, le saint-empire d'Allemagne, le moyen âge tout entier et l’Angleterre dans les siècles modernes, sont là pour le prouver. La démocratie moderne a eu deux fois libre carrière, dans les États-Unis et sous la Convention. Or, qu’a-t-elle fondé aux États-Unis, au sortir d’une lutte glorieuse et saluée par l'enthousiasme du monde, après avoir eu pour père un des génies les plus purs qui aient paru sur la terre, Washington ? Elle a fondé un misérable peuple de marchands qui n’a encore produit ni un écrivain, ni un penseur, ni un poète, ni un artiste, ni un savant distingué, pas même un prêtre, car il faut leur envoyer jusqu’à leurs curés de France ou d'Angleterre, où il est défendu sous peine de mort (je viens de relire la loi dans le code de la Louisiane) d'apprendre à lire à un homme de couleur MÊME LIBRE, et où les journaux (dont j'ai les
extraits datés de cette année sous les yeux) contiennent chaque jour des annonces où l’on promet tant de dollars à celui qui ramènera ou TUERA tel esclave fugitif. Jamais cette aristocratie « source de toutes les impiétés, de toutes les servitudes, etc., etc. » n’avait imaginé des choses de cette force-là. Et il faut lire dans Tocqueville, dans Miss Martineau et autres écrivains avoués et prônés par la démocratie française, quelle servitude morale et intellectuelle existe dans ce pays, à quel point il est impossible d'émettre le moindre doute sur l’infaillible sagesse et vertu du peuple souverain, enfin comme quoi Louis XIV, dans toute sa gloire et tout son égoïsme, exigeait encore moins de flatterie que cette race d’un orgueil à la fois si effréné et si stérile. Si c'est là l'idéal de la société future, ce n’est guère séduisant. Quant à la Convention, son fantôme sanglant épouvante encore le monde et sert à river les chaînes de tous les opprimés.
Mais tout cela est de l’histoire : je sais que dans le monde politique il ne faut pas toujours procéder du connu à l’inconnu. Je crois que la démocratie en France peut subir des modifications et des transformations heureuses : je le désire encore plus que je ne le crois. Je crois surtout qu’il y a encore une immense capacité pour le bien en France, et que, si les congrégations religieuses pouvaient s'emparer de l’industrie et de l'éducation, ces deux grands foyers de contagion où la démocratie dans sa forme actuelle distille chaque jour le poison de l’impiété, notre pays serait sûr de son avenir. Mais il m'est difficile de croire que les transformations futures de la démocratie ne dégageront pas, dans son sein même, un élément patricien ou aristocratique, comme cela a eu lieu dans toutes les républiques ; et ce dont je suis tout à fait sûr c’est qu’on ne verra jamais ici-bas ce que tu déclares devoir être la société future, une aristocratie chrétienne où le monde sera gouverné par ceux qui auront gagné une position honnête et libre à force de travail et de vertu personnelle ; on ne verra jamais cela parce que si cela pouvait être, il n’y aurait plus de péché originel, le bien triompherait sans mélange dès cette vie et le ciel serait inutile.
Ceci me conduit à envisager tes répugnances et tes préférences, si violemment exprimées, sous un point de vue bien autrement important pour toi et pour moi que le point de vue politique : savoir le point de vue catholique. Je m’effraie sous ce rapport de la tendance que tu manifestes, L'Église, que tous les théologiens approuvés ont définie une monarchie aristocratique, n’a jamais montré aucun éloignement pour l'aristocratie mais bien une très grande frayeur de la démocratie. Le clergé de France en particulier, quoique sorti tout entier des rangs du peuple, a une horreur à peu près générale de ce mot et rien ne fait plus de tort en ce moment à M. de Genoude que l’idée qu’il tend à la démocratie pour rappeler par ce moyen Henri V : c’est ce que me disait encore l’autre jour le supérieur du grand séminaire de Saint-Claude, un de nos anciens
abonnés de l'Avenir. Tu seras perdu dans l’esprit du clergé le jour où on dira de toi c’est un démocrate. Au fond, il est vraiment absurde de dire que l'aristocratie seule est antichrétienne : ce qui est antichrétien c’est l’orgueil ; or, en vérité, qu'est-ce que la démocratie actuelle substituée à l'aristocratie ancienne, si ce n’est l’orgueil de tous substitué à l’orgueil de quelques-uns ? — Lier, comme tu le fais, la cause du catholicisme à celle de la démocratie, c’est non seulement marcher au bord de l’abîme où est tombé M. de Lamennais et en sens contraire des encycliques et de tous les instincts du clergé et des catholiques de France ; mais c’est encore recommencer identiquement l’œuvre du gallicanisme et toujours enchaîner l'Église au pied de quelque idole humaine et passagère. Ce qui me semble aujourd'huilégitime et possible, c’est de chercher à réconcilier les catholiques avec les faits accomplis, avec les deux révolutions de 1789 et de 1830, comme avec des châtimens justement infligés par Dieu à une royauté enivrée d’orgueil, à une aristocratie corrompue et à un clergé esclave de la puissance temporelle ; en outre, de leur rappeler que les hommes ont des droits, que ni les Rois, ni les seigneurs, ni même les tribuns ne peuvent violer impunément ; que, pour réclamer ces droits avec modération et justice, il faut agir catholiquement, et qu’en France, à l’heure qu'il est, on n’est pas libre d’agir catholiquement quand on en a envie. Quand ils sauront et comprendront cela, on verra ce qu’il y aura à faire par la suite. La direction que j’imprime à l'Univers tend uniquement à ce but : et avant d’y arriver nous aurons bien d’autres obstacles à vaincre que la vanité aristocratique à qui tu fais l'honneur de donner une place entre l’absolutisme et l’incrédulité, parmi les fyois SEULS obstacles qui s'opposent à notre route. Ce classement, je ne puis m'empêcher de te le dire, me paraît tout à fait grotesque, surtout quand je vois que tu n’y as pas trouvé la plus petite place pour ces doctrines de souveraineté populaire qui, en Amérique, font brûler périodiquement les couvents catholiques et,en France, publient dans leurs proclamations des axiomes comme ceux-ci qu’on a trouvés dans les pièces soumises à la cour des Pairs et reproduits dans tous les journaux : 27 est honorable d’être athée mais cela ne suffit pas |! et encore : loute manifestation religieuse est hostile à la souveraineté du peuple. La vanité aristocratique, il faut l'avouer, est fort pâle à côté de cela. J'arrive enfin à ce qui m'est personnel dans ta lettre. Les sarcasmes que tu m'’adresses sur mon goût dépravé pour l’aristocratie me paraissent peu justes, peut-être même peu délicats, mais ils ne me font pas de mal. Le pèlerinage à Goritz que tu me conseilles te conviendrait bien mieux qu’à moi, car tu pourrais aller y rendre de solennelles actions de grâces à celle de toutes les races royales qui a rendu à la démocratie les plus signalés services. Si j'avais les instincts serviles que tu me supposes, si j'avais su calculer mes convictions et raisonner leur expression, je n’avais pas
besoin de faire au faubourg Saint-Germain les avances que tu me suggères. Je n'avais qu’à me taire pour recevoir les siennes. Au lieu de donner hautement raison à la démocratie victorieuse en 1830, je n'avais qu’à garder sur ce point un silence prudent, à faire de l'opposition contre le gouvernement actuel uniquement sous le point de vue religieux comme je l’ai fait, et à proclamer mes sympathies aristocratiques dans la mesure qui me convenait. Alors, tous les journaux légitimistes du monde auraient chanté mes louanges, au lieu de m'appeler Trissotin, etc. : alors, j'aurais joui d’une existence presque triomphale, dans toutes les cours, tousles salons et toutes les sacristies de l’Europe : et comme ce « qui s’en va » met beaucoup de retard à effectuer son départ, pour un homme qui n’a pas besoin de places ni d'argent, et qui ne peut désirer que de la réputation et de l'influence, la part était assez belle. Cependant j'ai sacrifié tout cela sans hésitation et sans regret ; je l'ai sacrifié au devoir ét au besoin consciencieux de dire que la démocratie avait eu en 1830 le bon droit de son côté, et que le catholicisme devait profiter de la chute d’une dynastie usée pour se réconcilier avec la liberté. Peu d'hommes, je crois pouvoir me rendre ce témoignage, ont apporté sur l’autel de cette liberté une offrande plus généreuse, proportion gardée avec leur fortune politique. Mais toutes les tyrannies se ressemblent : la démocratie comme la monarchie exige qu’on lui soit livré corps et âme : le moindre doute sur les perfections du maître, la moindre réserve contre ses prétentions, fait oublier en un instant tous les services rendus, tous les sacrifices passés.
Mon parti n’en est pas moins bien pris : je ne me poserai pas en aristocrate, je ne formulerai aucun système de ce genre, d’abord parce que je n’en ai pas et ensuite parce qu’un catholique a des choses bien autrement pressées à accomplir : je sais d’ailleurs que mon amour pour l’Église me distinguera toujours suffisamment de toutes les nuances de la démocratie, depuis le Roi jusqu’au Vational. Je ne me déclarerai donc pas son adversaire, mais je lui dirai ses vérités toutes les fois que je le pourrai, parce que je crois qu’il est du devoir de tout chrétien de parler haut et ferme à toute puissance qui abuse de sa force ou qui menace d’en abuser ; parce . que le langage tenu si long tems du haut des chaires Catholiques aux Rois et aux grands, s’adresse aujourd’hui à la grandeur qui les a remplacés. —Comme chrétien et comme homme, d’ailleurs, je ne crois pas plus à l’infaillibilité des peuples qu’à celle des Rois, et je ne serai jamais le courtisan des uns ou des autres. Pourquoi iraisje substituer à l’idole monarchique de mes pères, l’idole sanguinaire et souillée des plébicoles modernes ? Tu me prédis que je ne serai plus rien : mais que suis-je donc, et qu'’ai-je à risquer ? Mon regret est de n'être pas quelque chose afin de pouvoir mieux risquer tout ce que je serais. Ma seule ambition est d’être un homme de cœur et un homme vrai, dans un siècle où je ne vois partout en
première ligne que des lâches ou des menteurs : et si Dieu prolonge ma vie de quelques années, je ne mourrai pas sans avoir laissé aux gens de bonne foi quelques livres et quelques discours, où j'aurai dit la vérité sur le passé et le présent, selon la mesure de mes forces, et selon une assez belle devise inventée naguère par la vanité arislocratique : SANS ESPOIR ET SANS PEUR.
En résumé, je ne te demande nullement d'adopter mes idées, mais je te conjure de modifier les tiennes, ou du moins d’y réfléchir sérieusement devant Dieu, avec le calme et la défiance de soi qui convient à un homme devant lequel Dieu ouvre une route toute nouvelle et sublime. Sonde le fond de ton cœur, et vois si les préjugés de ton éducation et le dangereux orgueil qui a déjà perdu l’abbé de Lamennais, n’arment pas ta pensée et ta parole contre des institutions qui sont descendues au tombeau entourées des bénédictions et des regrets de l’Église justement reconnaissante. Songe bien que si je me perds par l'aristocratie, je ne risque que mon individu ; tandis que si tu péris par la démocratie, tu feras périr avec toi une des meilleures espérances de l'Église de France, et une gloire déjà acquise au sacerdoce chrétien.
Adieu, mon très cher Ami; tu ne te plaindras pas, j'espère, de la longueur ni de la franchise de ma réponse. En supposant même que nous ne nous éclairions ni ne nous ramenions pas mutuellement sur les points en discussion, il en reste assez, ce me semble, sur lesquels nous sommes parfaitement d'accord pour occuper et unir nos deux existences. La liberté de l’Église ne sera pas la conquête d’un jour. Tu auras fait pour cette conquête plus que personne : par ton courage, ton éloquence, ton génie. A ces dons précieux de Dieu, dont tu as si bien usé jusqu’à présent, ne va pas mêler le mauvais levain d’ure haine surannée et d’une passion toute humaine. Voilà tout ce que je te demande : c’est le vœu d’un cœur qui a mis en toi une grande part de ses plus chères espérances, et dont le tendre et fidèle dévouement n’est, j’en suis sûr, dépassé par personne.