‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 45 sur 394 · Cité par Lecanuet, t. I, p · texte numérisé non relu

Cité par Lecanuet, t. I, p

France résonne-t-elle comme la note d’un émigré : et plus tard Montalembert montrera aux princes d'Orléans sa fidélité à la famille royale.

Émigrer n’était pas absolument, dans l'esprit de l’aristocratie, un départ pour l'étranger. En Rhénanie et ailleurs, elle retrouvait des branches issues des mêmes souches. Plutôt qu’un exil elle subissait un revers de fortune. L’amertume aveuglait bien des victimes de cette épreuve ; d’autres tiraient de l'expérience des leçons de psychologie humaine et de science politique. Nous verrons l’influence des institutions britanniques sur les Français réfugiés à Londres, à commencer par le prétendant. Marc-René de Montalembert élargissait son esprit, conquérait « cette bienveillante intelligence de l’époque nouvelle » que son fils louera chez un autre ?. L'hérédité Forbes, cet atavisme d’émigré, ses jeunes années vécues en Angleterre, en Allemagne, en Suède, doteront Montalembert d’une faculté : celle de porter intérêt aux pays étrangers, avec une compréhension particulière. L’on notera plus loin l’attirance qu’exerce sur lui l’Allemagne. A l’Avemr il aura son quartier d'Europe à étudier. Citons seulement ici cette pertinente critique adressée à d’Herbelot de Suède, où Montalembert profite de son séjour forcé pour étudier la constitution et suivre la politique locale : il constate dans la Revue Française, comme dans tous les autres périodiques, un oubli des « originalités » qui lui semble déplorable, une ignorance à l'égard des peuples étrangers qui est le grand défaut en France.

Nous voulons bien, dit-il, consentir à connaître et à apprécier ce qui peut s’appliquer à notre position, à nos souvenirs ; mais pour peu que le type national s’éloigne tant soit peu du nôtre, alors nous fermons yeux et oreilles et nousrestons dans notre honteuse indifférence 3.

M. J.-M. Carré a remarqué que Montalembert eut dès sa

si À. L. R. Lettre du comte de Mérode à Montalembert : 9 janvier 1843. :

2. Henri de Mérode : O. C., t. VI, p. 546. Sur cette question de l’émigration, cf. F. Baldensperger: Le mouvement des idées dans l'émigration française 1789-1815 (Paris, Plon-Nourrit, 1924, 2 vol.).

3. Appendice aux Lettres d'A. d'Herbelot à Ch. de Montalembert et à Léon Cornudet, p. 283. Ë

jeunesse « une admirable curiosité européenne, une rare intelligence cosmopolite » 1.

L’Angleterre fascine Montalembert. Fils d’Anglaise il parle, il pense souvent en anglais. Son père aussi d’ailleurs qui lui écrira des lettres dans les deux langues, telle celle-ci où, après avoir commenté en français les conséquences de la révolution de Juillet, il poursuit ainsi au milieu d’une phrase « it is easy enough to destroy that which absurd and tyrannisive, but to reconstruct.. there is the rub. However if the Globists do not gain round we shall do pretty well. I am sorry to see that estimable journal (showing) a want of knowledge and jugement (sic) which surprises me... »? Et l’épître s’achève en français le plus spontanément du monde. Sur Montalembert les influences anglaises sont capitales. L’hérédité et la formation reçues de son grand-père Forbes orienteront toute la vie politique du leader catholique.

La place qu'occupe alors l'aristocratie en Angleterre et dans la direction même du pays frappe les contemporains ; Tocqueville remarque « l'extérieur aristocratique » des mœurs et ajoute que l'esprit aristocratique lui paraît « descendu dans toutes les classes » %. Montalembert ne cessera de regretter l’absence de cette qualité sociale en France, ni d’y éprouver comme un malaise qui prend fin dès qu’il débarque dans l’île.

M. Forbes n’avait-il pas appelé l'Angleterre « sanctuaire

1. R. D. M. : 1er novembre 1924 : Michelet et Montalembert, p. 177.

2. À. L. R. Dossier 59 : « Il est assez facile de détruire ce qui est absurde et tyrannique mais reconstruire... voilà le kic. Cependant, si les Globistes ne gagnent pas de terrain cela ira assez bien. Je regrette de voir cet estimable journal montrer un défaut de connaissance et de jugement qui m'étonne ». — Aux archives du comte de Montalembert (branche aînée), en Mayenne, se trouve la carnet de campagne tenu par le père de Montalembert pendant la guerre d’Espagne : il est entièrement écrit en anglais.

3. Lettre de Londres : 13 août 1833 à G. de Beaumont. Œuvres et covrespondance inédites de Tocqueville, t. IT ; cf. Todd : Le gouvernement parlementaire en Angleterre (Traduction de l’édition anglaise de Spencer Walpole), t. I, pp. 7, 140, etc...

de la religion, de la vertu et du vrai libéralisme » ? :. Aussi Montalembert héritera-t-il de lui une passion quasi religieuse pour le régime politique de la Grande-Bretagne. La source vaut d’être remarquée, ajoute son ami Foisset ; son libéralisme ne procédera pas de 1789 : c’est « un sentiment traditionnel » ?.

Montalembert se penchait, à l’âge des jeux, sur les problèmes politiques avec un intérêt qui le prédestinait. Ne s’avisa-t-il pas un jour de faire prêter à son petit frère Arthur serment à la Charte ? Charles avait douze ans 5. Vingt mois plus tard il admirait en Louis XVIII mourant « l’illustre auteur de la Charte » #. Tel, Montalembert entra à Sainte-Barbe en 1826. Victor Duruy rappelle, dans ses Souvenirs de collège, quel entrain animait ses condisciples, un petit groupe excepté « de quatre ou cinq politiciens assemblés autour de Montalembert qui, lui, ne jouait jamais et discutait toujours » 5.

N’a-t-1il que des idées de « politicien » en tête ? ou plutôt, car on a toujours tort de parler d’idées en analysant Montalembert, n’a-t-il au cœur de passion que pour la liberté ?

Une puissance plus haute règne sur lui.

Le catholicisme de Montalembert est encore un bien de famille. Sans remonter aux Croisades, l’on distingue un Père de Montalembert; missionnaire jésuite aux Indes en plein xvine siècle 6,et le baron Marc-René ne pensa point à élever

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