Id. : 6 novembre
poésie et de religion dans l’éloquence française, répond qu’il se créera une éloquence nationale non moins puissante que l'anglaise. Ce disant, le futur ministre ne se considérait peut-être pas comme étranger à cette création (lui dont J. Simon a prétendu que nul ne saurait imaginer quel bruit il faisait en ce monde pendant qu’il y était) ; mais se doutait-il que Montalembert honorerait la tribune française ?
Guizot : le doctrinaire, fidèle de Mme de Staël, admire l’Angleterre. Il a étudié la Révolution anglaise et la comparaison inspirera sa politique après comme avant 1830. Il médite sur les origines du gouvernement représentatif et les institutions politiques de l'Europe. Sans doute, il célèbre le xviri® siècle, exalte le Tiers état, morigène l’Église au nom du libre examen ?, ce qui doit heurter Montalembert. Celui-ci ne s’en réjouit pas moins de son élection à Lisieux, triomphe « d’un représentant des idées nouvelles, pur à la fois de l’empire, de la république et de l’émigration » #. Il n’en apprécie pas moins ses leçons, dépourvues, assure Guizot lui-même {, de toute allusion à la politique, cours qui sont des prêches en faveur de l’individualité, du « sentiment fier et puissant de (sa) propre liberté » que chacun oublie trop. Le 1€ mars 1830 il lui porte son article sur la Suède 5.
Sauf une irréligion qui irrite Montalembert, Villemain « fils de Voltaire » professe, avecla gravité d’un doctrinaire $, des idées analogues. Le précoce champion de la Charte l’applaudit quand il transporte son jeune auditoire, épris de liberté parlementaire, aux Communes d’Angleterre.
De quel prestige ce jeune « triumvirat » intellectuel ne brillait-il pas auprès des étudiants ? Tous troisavant longtemps illustreront la Monarchie de Juillet comme grands maîtres de l’Instruction publique et Montalembert les retrouvera dans l'arène.
1. Sur Guizot nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages de M. Pouthas.
2. À. Chérel dans la Vie 2ntellectuelle, 10 jepiier 1940, p. 186.