A: LR. Dossier
QT
une autre erreur. Ce gentilhomme, théoricien de l’absolutisme, sous des formes paradoxales dégage la valeur des idées libérales 1, Ce qu’il reproche à la Révolution c’est particulièrement d’être inhumaine, de prétendre improviser un gouvernement, construit abstraitement et arbitrairement imposé. Ne l’oppose-t-il pas à la démocratie des cantons suisses «née d’une naturelle évolution » ? ? Mais il voit, lucide, dès 1809, qu’un «retour à l’ancien état des choses. paraît impossible » qu’il y aura une « civilisation » et un « établissement définitif » des nouveaux barbares sous un régime adapté, « tout comme »la féodalité a terminé les invasions de l’empire romain. De Maistre projette sur le Moyen âge, si humain en notre Europe de chrétienté, une lumière révélatrice.
Abrité par « la philosophie séculaire du catholicisme », il éclaire son siècle, prophétise la Restauration, la chute des Bourbons, les vicissitudes de l’Italie, de la Russie, et espère le rayonnement d’un christianisme rajeuni ?.
Dans les Considérations sur la France est développée l’idée que les formes politiques doivent être instituées pour des hommes et des peuples déterminés, réels, et que cette institution ne doit pas surgir de l’esprit d’un législateur mais être élaborée au cours des siècles. Cette sage science politique, opposée à l'idéologie de Rousseau, ne heurte en rien Montalembert ; malheureusement, nous le verrons, il en tirera peu de profit pratique ainsi que de la doctrine de la souveraineté temporelle du prince dans l’État. Maistre prouve la conformité des sentiments fondamentaux et des traditions de l’homme avec les dogmes du christianisme, par une démonstration supérieure à celle de Ballanche, son contemporain. Ozanam, vingt ans plus tard, s’engagera dans cette voie. Montalembert, qui n’est point philosophe, ne professera pas cette doctrine, mais il la vivra. Quant à la science politique, Montalembert n’assimilera, semble-t-il, que la notion de politique chrétienne et celle de la souveraineté du Pape dont de Maistre défend le principe contre les gallicans, encore vivaces en France.