Cité dans ONCE DO
la liberté, développant ainsi le mouvement stratégique. Dans le Conservateur, organe ultra-royaliste, Lamennaïis invite l’année suivante à créer des écoles particulières. Mgr Frayssinous étant grand maître de l’Université, Lamennais poursuivit sa campagne par la « Lettre ouverte » à ce ministre à laquelle il est fait allusion plus haut. Sous Martignac, une commission d’enquête sur les écoles ecclésiastiques secondaires fut constituée et Lamennais de relancer son assaut. Nul n’ignora ce qu’il pensait des Ordonnances. L’on comprend combien la violence et l’éloquence du prêtre célèbre préparèrent les esprits, les acquirent à l’idée de la liberté d’enseignement.
Montalembert est d’ailleurs — dans ses lectures sinon contre le gouvernement —- sans parti pris. Il aime Lamennais qui n’est point tendre pour l’Angleterre et son Parlement. Avant Bonald, Bossuet, autre maître de Lamennais première manière, l’a attiré dès 1827 par son Histoire universelle, en même temps que le séduit Rousseau, père putatif du romantisme.
Sentimental comme nous le connaissons, Montalembert s’enthousiasme pour les autres préromantiques. Mlle de Lallemand l’a établi. Les sympathies profondes de Montalembert pour l'Angleterre et pour l'Allemagne, amitiés étrangères qui seront analysées plus loin, le prédisposent en faveur du romantisme dont on connaît les origines anglogermaniques.
Mme de Staël et Chateaubriand nous intéressent ici pour leurs idées politiques. Si Montalembert admire avec enthousiasme en Me de Staël l’auteur de L'Allemagne 1, il aime la grande libérale qui, persécutée par l’Empire, a ému Lamartine,;
Le poids du monde entier ne pouvait assoupir, Liberté, dans ce cœur ton extrême soupir.
1. À. L. R. Dossier 171 ; cf. Lettres à un ami de collège, p. 196.
Ses Considérations sur la Révolution française donnaient alors le /a de l'opinion libérale : : esprit de 1780, confiance aveugle dans les vertus des constitutions que les vices des hommes empêchent seuls de s'épanouir. Son influence sur les doctrinaires est certaine.
René bouleverse Montalembert qui dévore Les Martyrs, Le Génie du Christianisme et L’Itinéraire ?. Mais le « prince orageux des inquiétudes infinies », Chateaubriand, figure aussi au premier plan des politiques de l'heure et son attitude comme tel est commentée dans les lettres à Lamennais. Or, lenouvel ambassadeur de Charles X à Rome est l’auteur de La Monarchie selon la Charte, ouvrage tout inspiré de l’exemple anglais, on l’a vu, et compte parmi les défenseurs de l'autel. Nul doute que les précédentes théories de «l’homme d’État », du membre de « la Chambre des pairs où l’opinion publique lui avait assigné une place si élevée » 3, ne soient à peu près adoptées par le jeune Montalembert. Ne défend-il pas la monarchie constitutionnelle à la fois contre les libéraux et contre les traditionalistes ? ne combat-il pas l'égalité ? ne réclamet-il pas des privilèges pour l'aristocratie, « barrière et sauvegarde du trône » ? ne donne-t-il pas pour principe au ministre constitutionnel « d’adopter franchement l’ordre politique dans lequel on est placé et de n’en point contrarier la marche, d’en supporter les inconvénients » ? Pressentant l’abus de l’article XIV, ne s’indigne-t-il pas enfin que d’aucuns soutiennent l’incompatibilité de la liberté et de la religion 4 ? Et, à la fin de juin 1827, ne met-il pas derechef sa plume merveilleuse au service de la liberté de la presse, une fois de plus entravée, protégeant ainsi contre elle-même la monarchie en péril ? Lisant cette même année La Monarchie selon la Charte, Montalembert y remarque surtout « la sage idée de donner l'initiative aux Chambres » 5.