‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 71 sur 394 · A. L. R. Dossier · texte numérisé non relu

A. L. R. Dossier

4. Cf. lettre de Le Play à Montalembert : 11 mars 1855 ; A. L. Re

considèrent exclusivement l'individu, l'individu isolé, dépouillé de ses rapports, de ses devoirs envers la société, qui ignorent la nécessité du corps politique fort et stable : « … Je l’avoue, s’il est une opinion politique que je ne puis comprendre, c’est celle qui prétend combiner l'établissement d’un gouvernement constitutionnel, tel que celui dont nous avons le bonheur de jouir, avec le déchirement progressif et continuel des grandes propriétés territoriales et du patrimoine des familles » ; «… la centralisation, ce fléau du gouvernement représentatif, est la conséquence inévitable du morcellement de la propriété foncière, et de la disparition du patrimoine des familles ». Cherchant les raisons pour lesquelles la centralisation n’existe point- en Angleterre, il montre l'existence des grandes fortunes territoriales qui ne disparaissent pas du jour au lendemain ; la classe politique de la nation y est nombreuse, riche, puissante ; elle s’y perpétue « de famille en famille, et non d’individu en individu ». Au contraire, les lois françaises sur les successions se combinent également bien avec le régime républicain et le régime absolu, « ne sont incompatibles qu'avec la monarchie constitutionnelle, c’est-àdire avec la forme de gouvernement qui fait notre force et notre prospérité ». Le désir de l’orateur a toujours été que le trône légitime s’appuyât sur des institutions parlementaires. Ceci parce que la monarchie représentative combine la situation des divers gouvernements de l'Europe avec la disposition générale des esprits et les progrès des idées industrielles, parce qu’elle peut « seule résister, avec succès, aux envahissements des intérêts démocratiques, et nous préserver du plus grand de tous les fléaux, je veux dire d’un gouvernement républicain, basé sur le principe subversif de la souveraineté du peuple ».

Sous l’empire de cette même opinion, le père de Montalembert a voté successivement contre les lois d'exception, pour la liberté de la presse, pour la publicité des débats de la Chambre haute 1, Aussi Lacordaire écrivant dans l’Avewir (4 juillet

1. Extraits des Aychives parlementaires de 1787 à 1860. Seconde Restauration. Chambre des Pairs, 30 mars 1826. La Chambre ordonna l'impression de ce discours.

FORMATION 8x

1831) la notice funèbre du comte de Montalembert le réclamera non sans raison pour un pionnier des idées constitutionnelles, de la décentralisation, de la liberté d’enseignement, de la dignité de la pairie et de l’honneur de la France. Montalembert exigera l'insertion dans la France du 22 juillet 1838 de sa protestation contre une biographie tendancieuse de son père parue dans ce journal et opposant le légitimisme du père au libéralisme du fils t. Celui-ci pouvait assurer que si celui-là était attaché aux Bourbons, «il l'était plus encore au bonheur et à la liberté de son pays », qu’il avait élevé son fils dans ces idées-là ?.

Page 1