Lettres à un ami de collège : 27 février 1829, p
est déçu, car ce dieu semble un homme ordinaire, son langage vulgaire ?. N'importe, cette rencontre avec le créateur de l’Association catholique, ce « pèlerinage en Irlande », datent dans la vie de Montalembert.
Ces images auront une incalculable portée. En effet, il a mesuré les conditions du succès. Pour expliquer, notamment, la puissance et l’indépendance de l’Église, il relève ce mot d’un chef orangiste : « il n’y aurait qu’un moyen de détruire l'influence du clergé catholique, ce serait de le prendre à la solde de l’État ». Montalembert a été — cela l’entraînera plus que toute réflexion sur « l'émancipation » — emporté dans une tempête d'enthousiasme.
Je ne suis plus le mêmé, écrit-il,.… ma foi et mon fervent attachement au catholicisme ne sè ressemblent plus... j'ai puisé ici dix ans de force et de vie 2.
I1 débarque et se présente à Lamennais.
Aiïmant l'Irlande, Montalembert ne renie rien de ses sentiments filiaux pour l’Angleterre. Celle-ci doit affranchir celle-là qui ne s’en séparera pas pour autant. Les institutions parlementaires permettront la solution des difficultés douloureuses, on n’en veut pour preuve que le vote de l’Acte d'émancipation.
L'influence anglaise demeure prépondérante en Montalembert. Les compagnons de son enfance ont été les œuvres des orateurs, des poètes anglais 3 ; toute son existence il citera avec complaisance les uns et les autres.
1. Mile de Lallemand : Montalembert et. l'étranger, pp. 41-42. Sur le voyage de Montalembert en Irlande, cf. Marie-Hélène Pauly : Les voyageurs français en Irlande au temps du Romantisme, ch. vi.
2. Cité par Lefébure : Portraits de croyants, p. 10 ; cf. infra, ch. II, la fameuse Lettre sur le Catholicisme en Irlande qui ouvrit à Montalembert les colonnes de l'Avenir.