Lecanuet, t. I, pp. 9, ro
Comment s'occuper de politique, écrira-t-il en septembre 1827 à Cornudet, son intime, comment pouvoir communiquer de sains principes sans connaître la langue des plus grands orateurs et philosophes de l’histoire moderne ?.. Bacon, Newton, Locke, Bayle, Addisson, Shakespeare, Milton, Pope, Thomson, Byron, Chatham, Pitt, Fox, Sheridan, Burke, etc. 1.
Très souvent il proposera en exemple Pitt et Fox, et Grattan dont les speeches l’ « enivrent » ? et Shiel *, unissant dans son admiration pour l’éloquence anglaise, Britanniques et Irlandais. En 1826, il lit Burke et ses Reflections on the french Revolution *. Analyser cette épître violente serait déplacé ici, mais il convient de noter l'importance que Burke attache à l’hérédité et à la stabilité, à la religion base de la société civile, l’opposition qu'il souligne entre la constitution anglaise et la constitution française de 1790. Une des critiques les plus dures du philosophe d’outre-Manche attaque l’égalitarisme politique ; sous prétexte de combattre un préjugé, l’on appelle au pouvoir, dit-il en substance, un marchand de chandelles. C’est se mettre en guerrecontre la nature:l’État ne doit point opprimer les professions les plus humbles, mais celles-ci oppriment l’État si elles prétendent le gouverner. Montalembert, ennemi-né de l’égalitarisme, renforce cette position à la lecture de Burke. Il tire aussi des Reflections un jugement d'ensemble :
Cet ouvrage est le livre politique le plus remarquable que j'aie encore lu. On y voit le plus ferme attachement à la monarchie et à la légitimité uni à l’amour le plus vif de la liberté constitutionnelle. Jamais ouvrage n’a été plus profondément raisonné, plus vivement senti, plus habilement écrit. Il y a des morceaux d’une éloquence si entraînante, si mâle et si énergique que je ne saurois les comparer qu’à Tacite s’ils eussent été moins prolixes. Les excès des révolutionnaires lui avoient inspiré la plus vive horreur ; il semble même rejeter toute idée de liberté pour la France ; dans quelques endroits je dirai même que sa sensibilité lui a fait porter trop loin sa répugnance pour toute idée de changement en France...
1. Lettres à un ami de collège, pp. 33 et 34. Bayle n’est pas anglais.
2. À. L. R. Dossier 172 ; cf. Lettres à un ami de collège, pp. 17, 18, 23, et Journal : 5 janvier 1830.