‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 85 sur 394 · Thureau-Dangin : Le parti libéral.…., Pp. 459 et · texte numérisé non relu

Thureau-Dangin : Le parti libéral.…., Pp. 459 et

« jeunes doctrinaires » suivent le National ; ses fondateurs libéraux, Thiers, Mignet et Carrel sont trois historiens fascinés par la révolution anglaise, trois bourgeois décidés à réaliser un régime dans lequel la bourgeoisie ait les leviers de commande, trois manœuvriers qui appellent 1688 « un accident », un simple changement de personne, défendent honnêtement la Charte, sans penser à mal !

Les doctrinaires, Guizot en tête — et Montalembert parmi eux — se laisseront aussi entraîner. Mais leur rêve était d’inspirer un arbitrage du haut de leur science, de leur intelligence entre libéraux-jacobins et royalistes. Leur salon était celui de Me de Broglie, fille de Mme de Staël, leur organe était la Revue Française — uné revue à l’anglaise, une de ces publications qui, selon le prospectus, ont de l’autre côté du détroit « si puissamment secondé le développement moral et politique ». — Elle ouvre ses colonnes à Carrel et à Montalembert.

Trois périodiques sont plus proches de sa pensée, deux surtout, car le premier il semble l’ignorer. C’est le Mémorial Catholique, gazette mensuelle de l’école menaisienne. Celle-ci était née dans le salon des aumôniers du collège Henri-IV. Simplement mais ardemment apostoliques, ses adeptes n’avaient point combiné de plan. Elle désirait réconcilier la société moderne avec le catholicisme. Sa première réalisation avait été la Congrégation de Saint-Pierre réunie à la Chesnaie par les frères Lamennaiïis, pour répondre à la nécessité de relever le niveau des études ecclésiastiques. On y trouve les noms de Rohrbacher, Salinis, Combalot, Gerbet, et plus tard, en 1828, Lacordaire. Cette congrégation essaimera en 1829 à Juilly, et projettera une fondation à New-York avec Lacordaire.

Le « doux » abbé Gerbet : et de Salinis fondèrent, en 1824,

YE Gerbet avait alors 26 ans, étant né en 1708 (M. Weiss a trouvé un jugement rectificatif, du 12 mai 1812, de l’acte de naissance dans lequel le futur évêque avait été déclaré comme fille).

le Mémorial 1 avec approbation publique du maître qui venait d’être condamné par les tribunaux pour lèse-Université. Le Mémorial mena un double combat contre le philosophisme et le gallicanisme, Gerbet étant le plus souvent sur la brèche. Le philosophisme est dénoncé par lui sous ses diverses formes et particulièrement celle de l’athéisme matérialiste : le positivisme nouveau d’Auguste Comte est remarqué pour sa valeur et signalé pour sa déviation. Conséquence pratique du philosophisme, les Sociétés secrètes n’échappent pas au regard clairvoyant des menaisiens, qui en soulignent le danger ?. Lamennais veut, en politique, la subordination au spirituel du temporel, lequel est tenu d’ailleurs pour de droit divin. Mais ces théories caractérisent plus Lamennais, qui sera étudié ci-dessous, que le Mémorial. Celui-ci s’adresse surtout au clergé et c’est la raison de l’ignorance apparente de Montalembert à son sujet. Religieux, le Mémorial aborde à ce titre le terrain politique.

Le comte Henri de Mérode, en mai 1827, y traite de la nécessité d'éclairer la question du pouvoir suprême sur la chrétienté, c’est-à-dire de l’histoire du « règne de l’Église sur l’ordre politique », règne reconnu par les souverains du Moyen âge comme « loi fondamentale de la civilisation », règne constaté par Leibniz et Hobbes, après bien d’autres.

Ultramontain, le Mémorial tonne en 1828 contre les Ordonnances, soutient la résistance des catholiques belges et célèbre le succès des Irlandais, Lamennais, son inspirateur, écrit : « Quand les catholiques aussi crieront liberté, bien des choses changeront » # car « pour agir sur son siècle il faut l'avoir compris » 4.

L'autre est le Catholique (1826-1830), mensuel aussi, réplique française du journal de Goœrres Der Katholik, rédigé par le baron d’Eckstein 5, ami de Lamennais, précurseur du catho-

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