‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 95 sur 394 · Revue d'Histoire diplomatique, pp. 37 et · texte numérisé non relu

Revue d'Histoire diplomatique, pp. 37 et

élections de 1827 qui renversaient M. de Villèle ». Il reconnaît que nous établir sur la rive méridionale de la Méditerranée balancerait heureusement la puissance anglaise et russe sur cette mer, « mais nos ministres se garderont bien de profiter de l’occasion que la Providence met entre leurs mains », tout comme ils retirent uniquement de l’ingratitude des expéditions d'Espagne et de Grèce... 1.

De fait les élections furent un second triomphe pour « l’indépendance électorale » sans que la prise d’Alger influençât en rien le scrutin. Le vertige saisissait cependant, au bord de l’abîme qu’elles ouvraient. Le pouvoir ne céderait pas : les vainqueurs encore moins... Quel allait être le sort de la patrie ? et combien d’existences particulières allaient sombrer dans le drame menaçant ? Ces angoisses sont reflétées dans la lettre du 2 juillet à Anckarsvärd.

Tout le monde « s'attendait » donc, selon le mot de Royer- Collard, « à de l’imprévu ». Le comte Marc-René se souciait peu de voir son fils participer à la révolution qui montait ; il l’envoya en Irlande via Londres. Montalembert partit de Paris le 25 juillet. Le 26 était publiée la réplique du roi aux électeurs, les Ordonnances, secrètement préparées par Polignac et Peyronnet, ces mesures à propos desquelles les moins sévères répétèrent le mot de Bonald « rien de pis que les mesures fortes prises par les hommes faibles » 2. Montalembert apprit l’événement à Londres, le 30, en même temps que le soulèvement du peuple parisien. Traversant le détroit en chaloupe, le jeune Charles entre à Paris, avec le premier courrier admis, pour se battre, partager les dangers de ses camarades de l’Université. Tout était déjà fini, « le nouvel ordre de choses établi aussi tranquillement que s’il existait

1. Revue d'H istoire diplomatique, pp. 39 sq. ; lettre du 24 avril 1830. 2: Cité par le successeur de Bonald à l’Académie française dans soû discours de réception. (Zntroduction à la Théorie du Pouvoir, p. 90.)

depuis cinquante ans ». Fort mécontent de ce retour fougueux, M. de Montalembert fit repartir son fils sur-le-champ. Celui-ci trouva juste le temps d’assister à l’ouverture de la session par le duc d'Orléans et de jeter sur son Journal cette appréciation de la cérémonie :

Rien de plus terne et de plus triste. Quel pitoyable chef... Maintenant je vois le funeste côté de cette révolution. Les masses populaires auront été sublimes mais leurs chefs seront indignes de leur mission. Tous les choix du Duc d'Orléans sont à mon avis très mauvais. Nous allons tomber d’un excès dans l’autre. On ne veut déjà plus de la Charte pour laquelle tant de flots de sang ont coulé... On veut évidemment une république avec un roi de nom : tous les journaux le disent hautement 1.

Ainsi, par une réaction déconcertante, voici Montalembert opposé aux vainqueurs de l’absolutisme, par idéalisme et par sagesse, par intérêt aussi comme il le reconnaît.

Victorieuse la cause cesse à ses yeux d’être belle et pure :

moi qui veux la liberté comme Rousseau fière et sainte, je ne saurais vouloir, comme les meneurs d’aujourd’hui, la république, sanglante folie qui nous a déjà coûté si cher ?.

Il explique à Cornudet le 10 août :

La hiérarchie sociale qui commençait péniblement à se rétablir, est de nouveau entièrement détruite. Le passé est de nouveau renié, rejeté, bafoué, et c’est à mon avis le plus grand malheur et le plus grand crime d’une nation. Enfin et surtout je suis convaincu autant par l’histoire que par la raison que la liberté ne gagne rien à une victoire subite et inattendue ; elle vit de sacrifices longs et graduels, de conquêtes lentes et successives. Du reste... j'ai mauvaise grâce à faire de la critique, car elle ne saurait guère être impartiale vu le triple coup dont ma famille se trouve frappée à la suite des derniers événements : 1° par la destitution de mon père, 2° par la dispersion des pages, ce qui compromet l’existence de mon pauvre frère, 3° pe l’abolition de la pairie héréditaire, ce qui anéantit la mienne.

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