DÉCRET DIVIN
Une fleur lourde tomba sur la dalle que le jeune homme regardait avec une sorte d'hébétude. Mais ce nom de la Ville-Montané, il le connaissait bieni pour l'avoir entendu maintes fois sur des lèvres charmantes à jamais interdites. C'était celui de Tamiral, grand-oncle et parrain de sa Dominica, de sa vivante douleur Dominica, laquelle devait sans
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doute ce prénom magnifique à l'obscure filiation spl^ rituelle de cette inconnue inhumée là. Il comprenait, il devinait peu à peu ce jeune mariage contracté aux colonies par un enseigne de la marine avec une créole dont celui-ci avait donné plus tard 1^. prénom à une chère filleule. Mariage que Ton avait paru ignorer en France; tenu sans doute secret par quelques-uns ; et, pour quelle cause? Par la pudeur, peut-être, d'un amour si merveilleux que, fauché, l'on n'en veut plus que Tessence dans Tombre.
Cette douleur mystérieuse, ensevelie là, s'unit soudain à la propre souffrance du jeune homme. Ses larmes jaillirent qui n'échappèrent pas plus à la vieille négresse que les perles au plongeur qui les ramène du fond de TOcéan dans leurs écrins de nacre. Elle s'agenouilla en silence pour lui baiser les mains. Il priait, en proie à l'émotion provoquée par cette coïncidence si étonnante : la rencontre de ce sacrifice consenti sur cette tombe, par un homme ; ^jourd'hui plus qu'octogénaire, avec son propre î<acrifice qu'il venait de renouveler, cette fois encore, devant la Vierge de Lourdes.
îl releva la pauvre femme et s'assura, en s'en retournant, de la situation de la case où elle faisait
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ses repas habituels de quelques patates el crabes, et dormait sur le sol. Puis, ge rembarquant avec ses compagnons chargés d'algues, de coquilles et d'insectes, il regagna le navire.
Il déjeuna légèrement, puis «'enfprnia dans sa cal)ine pour y méditer. II prit d'abord entre ses mains un de ces crucifix communs, de cuivre et de bois, munis d'un anneau, tels que les religieuses en portent à leurs rosaires. Il n'était pas un bel esprit, et la petite tête de mort et les deux ossemciiLs entre-croisés qui se trouvent à la base de ce genre de croix lui permirent de réfléchir tout dt suite à ce que laissent de cendre à la tombe les plus passionnées amours dans le cadre le plus enivrant. Heureux Tépoux qui, dans son coeur, enclôt de purs souvenirs I Sans doute en était-il ainsi, après lin si long temps, de cet Hector de la Ville-Montané que sa filleule, dont le prénom lui redisait un cher écho, avait plus d'une fois évoqué avec vénération devant ses amis de Bordeaux. Il faut ensevelir les défunts et il faut les embaumer. La jeune créole, morte à la fleur de l'âge, n'avait-elle point trouvé dans le coeur de son mari demeuré seul ces baumes chers aux saintes femmes ? Bénie soit la
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myrrhe qui découle du fruit du troisième Mystère g-îorieux, et qui est le recueillement 1 L'Esprit-Saint ne se relève pas dans le tumulte, mais dans la brise qui charrie doucement le parfum des vertus chrétiennes. Il illumine, il fortifie ceux qui Timplorent dans le silence; il élève Tamour humain jusqu'à le rendre vainqueur de Tabsence et de la mort.
C'est à quoi ramenait ses pensées le jeune homme en méditation dans cette cellule bercée par les flots célestes des Antilles. Il confrontait avec le sien ce deuil de Tamiral Hector de la Ville-Montané. Ce n'était qu'une illusion qui distinguait leurs épreuves : ce qui différencie un suaire d'un voile monastique. Et une joie surhumaine Je submergeait, la joie du Paraclet qui délie l'âme de la chair. Et il se surprit à évoquer, avec une allégresse qui naissait du renoncement même qui Ira avait été demandé, Dominica vêtue de toile, laissant sa cornette de neige éventer le feu des plaies. En ce moment il envisageait, dans une seule vue spirituelle, la Communauté chrétienne dont tant de déshérités que soignerait la jeune fille faisaient partie, auxquels lui-même voulait porter secours puisque le genre d'études qu'il avait entreprises se