Î.KS MYSTÈRES JOYEUX IÇ
à la hiîsilique, et ie cœur de Dominica ressentait la n.oindre de ces notes qu'elle comparait aux syiiabes de cristal qui durent tomber des lèvres de TA âge du Seigneur à g^enoux devant Marie Tandis que la jeune fille se rendait à Toffice, il lui semblait qu'un pur encens s'évaporait dans s; n cœur. Elle choisit, pour s'y agenouiller, le coin ie p]:!?! sombre de la chapelle du rosaire et, avant que commençât la cérémonie, elle médita sur l'In- Iroït qui, le matin, l'avait tant séduite : « Tous les puissants de la terre imploreront votre rpcjard ; d sa suite, les vierges seront amenées au Roi ; ses compagnes vous seront présentées dans la Joie et U allégresse. Mon cœur éclate en un cantique excellent; c'est à la gloire du Roi que je consacre mon œuvre, »
Elle goûtait ces paroles divines et, descendant au centre de son cœur, elle y appelait le Dieu qu'elle avait reçu le matin même, ce Roi visé par le texte et vers qui s'acheminait le cortège privilégié des vierges. Les pères, les mères, les frères, les sœnrs pleuraient en voyant se refermer la barrière du jardin où ils les avaient tant aimées et soignées. Mais elles, se faisant violence, ne répondaient à
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tant de regret que par un mystérieux sourire dont ils ne recevaient pas même l'aumône, car elle« ne se retournaient plus.
Les vêpres terminées, la jeune fille alla retrouver ceux qui l'attendaient et saluaient toujourg sa venue avec bonheur, car son caractère méditatif n*empêchait point qu'une joie larg-e s'épanouît en elle et rayonnât comme la couleur et le parfum d'une grosse rose. Encore, à la fin de cet aprèsmidi, et pendant le dîner, ce fut Dominica la plus enjouée, sans qu'elle prît assez garde à ce que les longs éclats de rire sont cruels à ceux qui vous aiment et qui doutent de votre amour. Ainsi en était-il pour ce jeune homme qui aurait donné sa rie pour elle.
Avant de se coucher elle alla seule à la grotte, vers neuf heures. Elle s'agenouilla contre la grille fermée en ce moment. Les alentours étaient déserts. Les buissons de cierges aux flammes rousses continuaient, derrière ce cloître de fer, de présenter les intentions qu'on leur avait confiées à ce tendi-e lis dont le bourgeon avait percé le roc.
Dominica reprit son rosaire. Elle désirait, une
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fois encore, en celte journée, revenir sur TAnnonciation :
« Je vous salne^ Marie, pleine de grâce^ le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. . . »
Elle évoquait ces suprêmes fiançailles de Dieu avec sa créature, 'dans la modeste chambre de Nazareth ; l'effroi sacré, puis le grand calme réfléchi dans la vision du Calvaire futur; puis cette douceur qui invitait la Vierge, coniriie la brise sollicite la cime d'une voile ; puis, peut-être, le bras droit s'élevant lentement au-dessus du corps incliné comme une palme, et le bras gauche retenant le cœur ; puis ce cri dans la prosternation de tout l'être ravi dans le martyre et la béatitude :
« Voici la servante du Seigneur; qu il me soit fait selon votre parole! j»
Et Dominica repassait en son esprit toutes ces phases des indicibles épousailles qui enfantaient le salut du monde. Et sa pieuse et charmante imagination peuplait d'anges cette grotte. Est-ce qu'à cette heure du silence ils ne descendaient point là, pour nouer et dénouer des rondes naïves, tels des bergers dont le maître a conduit celle qu'il aime à
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la maison nuptiale? Parfois l'un d'entre eux (gazouillait dans une langue inconnue des hommes, tel qu'un oiseau dans la voix duquel on croirait cependant saisir au vol ce mol si doux : Annonciation. Certains bien alignés, les mains et les pieds joints, souriaient à leur Reine, et d'autres cueillaient des fleurs merveilleuses sur la pierre lustrée de baisers et de larmes qui s'est émue et qui a pris le deuil. Chaque baiser donc, arrosé de pleurs, s'épanouissait là, caché. Mais Dominica devinait, découvrait avec son cœur ces corolles que la troupe sérapïâque offre à l'étoile du matin. C'était la gerbe d'aujourd'hui parmi laquelle sa priante poésie reconnaissait quelques es.pèces. Elle songea au prince de l'Eglise qui avait posé sur la paroi ses lèvres embaumées par le suc de l'Evangile, et une rose était née, pourpre comme le Chef sous la couronne d'épines; elle songea au pauvre soldat colonial : son baiser avait fait éclore une fleur lacustre, la fleur qui donne la fièvre trop souvent aux soldats et aux missionnaires. Elle songea au typographe, à son petit garçon : du baiser de l'un était née la bruyère des solitudes, et, du baiser de l'autre, une jacinthe semblable à celle que le jeune homme qui
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raimait lui avait donnée et dont elle avait disî>osé pour cet enfant. Un léger remords lui souvint, mais un ange ayant détaché cette jacinthe l'offrit à part à rim maculée avec un sourire éblouissant. Elle n'oublia point la malade lamentable qui avait prié, les bras en croix, se trouvant trop repoussante pour descendre de voiture et pour appliquer sa bouche cancéreuse là où les autres laissaient longtemps leurs lèvre§. Mais le baiser, à distance, avait frappé la pierre d'où surgissait un obscur épi de blé.
Dominica, se détournant un peu, dirigea son regard vers la nuit étoilée qui lui apparut comme une grande tapisserie déroulée sur les genoux de notre Mère, dans l'atelier de Nazareth. Lorsqu'un nouveau soleil poignait, c'est que l'auguste Ouvrière piquait son aiguille de nouveau dans le canevas. C'est ainsi qu'elle aime à suivre la trame de nos destinées, et à marquer dans le ciel toutes ik-s bonnes actions de la terre. Mais nous serions bien étonnés si nous pouvions dès ici-bas déchiffrer ces dessins.
Tant de faits et gestes, tant de personnages qui ont compté dans le monde n'y figureraient pas l
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Peut-être, se disait la jeune fille, que telles prouesses, même entreprises au nom d'une sainte cause, par quelque monarque tout plein de panaches, n'ont pas tenté Tart divin de la fille de sainte Anne, mais plutôt ces motifs médiocres à nos yeux : quelques pèlerins mal vêtus, assis en silence auprès d'une fontaine, ou prenant un repas frugal d?ns une auberge.
Et Dominica pria pour Etienne Durand et pour Petit-Pierre, en souhaitant que Notre-Dame leur fît réserver, dans le plan céleste qu'elle brode, un enclos où l'on ne fût plus en deuil, où Ton ne toussât plus. Elle termina sa prière par cette demande, once beau soir de l'Annonciation. Elle crut sentir une goutte sur son visage. Cependant il ne pleuvait pas.