‹ Le Rouget HumainChapitre 14 sur 45 · AT TE · texte numérisé non relu

AT TE

que le début remonte au 10 novembre 1933. Après ingestion de petit salé, au cours du repas de midi, il présente un état de malaise imprécis dans la soirée et dañs la nuit. Le 11 novembre son malaise s’accentue et il accuse un prurit généralisé. A la fin de la journée, il remarque l’apparition d’une éruption sur le tronc et les membres, n’intéressant ni la face, ni les mains, ni les pieds. Elle était caractérisée par des taches rouges, confluentes par places en larges placards, mais laissant quelques intervalles de peau saine. Elle était très prurigineuse, entraînant de l’msomnie. On ne peut établir quelle a été l'importance des signes généraux à cette période ; le malade n’a pas pris sa température mais se souvient d’avoir été d'emblée anorexique et très fatigué. Il n’a pas eu de diarrhée. Le 13 novembre, devant la persistance et l'importance des troubles’ il va consulter son médecin qui pose le diagnostic d’éruption toxique vraisemblablement d’origine alimentaire. Le 18 novembre il présente une poussée douloureuse au niveau du genou gauche avec gonflement qui rétrocède en 24 à 48 heures. Il prend sa température et note l’existence d’une légère élévation thermique qu’il ne peut plus préciser. L'éruption a duré une douzaine de jours.

L’atténuation du prurit et des signes cutanés a été progressive. La peau a desquamé, et la fin a été marquée par l'apparition de quelques furoncles.

Le 24 novembre, il constate l'apparition d’une tuméfaction douloureuse du pavillon de l'oreille droite qui prend une teinte rouge violacé. Le 25 novembre, des lésions semblables apparaissent au niveau du pavillon de l'oreille

gauche. Le 28 novembre, éruption brusque de deux taches

J, Monnier à

symétriques rouge violacé au niveau des pommettes. Il ne présente pas d’hémorragies, ni muqueuses ni viscérales. C'est devant ces signes bizarres que son médecin l’envoie consulter le 30 novembre, 20 jours après l'apparition des premiers symptômes.

A l'examen, on est frappé d'emblée par l’aspect de ces lésions récentes et par l’atteinte de l’état général. Le malade est pâle, ses muqueuses conjonctivale et labiale sont décolorées; il semble très fatigué. Au niveau de chaque pavillon auriculaire, très déjeté en dehors, on remarque l’existence d’une tuméfaction importante. Ils sont considérablement épaissis, on peut évaluer cette épaisseur à 15 mm. environ. Les téguments sont très tendus au niveau des trois quarts externes et de coloration rouge noirâtre du fait de l'existence d'un épanchement sanguin sous-jacent. C’est tout à fait l’aspect d’un hématome traumatique de l'oreille. Le quart interne de chaque pavillon est d’aspect différent et séparé de la zone voisine par une limite nette ; l'épaisseur est bien moindre, les téguments ont un aspect érysipélateux qui déborde un peu la zone d’implantation vers la région mastoïdienne. Ils sont rouge violacé, luisants, infiltrés, mais sans bourrelet périphérique. La palpation est douloureuse : elle montre la dureté en rapport avec l’infiltation. Au niveau de chaque pommette il existe une tache arrondie de la taille d’une pièce de un franc. C’est un véritable « purpura hématomique », constitué au centre par une grosse phlyctène remplie de sang et de couleur noire alors que les téguments à la péryphérie sont violacés. La palpation, douloureuse, montre là encore l'importance de l’indu-

ration dermique et sous-dermique.

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