‹ Le Rouget HumainChapitre 15 sur 45 · LAON · texte numérisé non relu

LAON

L'examen de tous les téguments nous révèle des localisations qui ont échappé au malade : il existe deux taches purpuriques symétriques au niveau des malléoles internes, comparables à celles de la face mais déjà en voie de régression, sans cet aspect «hématomique » si curieux. Les téguments sont violacés, indolores, l’infiltration à peine marquée.

L'examen somatique complet ne révèle aueun symptôme anormal. La langue, les gencives, la gorge, sont normales, sans hémorragies. L’abdomen est souple, sans points douloureux. Le foie est de dimension et de consistance ordinaires. La rate, percutable, n’est pas accessible à la palpetion. Le cœur est normal. La tension artérielle est de 13-5 au sphygmomanomètre de Vaquez. Les poumons sont normaux. Les réflexes tendineux, cutanés, pupillaires, également. Les urines ne renferment ni sucre ni albumine. Le temps de saignement est de 8 minutes ; le temps de coagulation est de 15 minutes. Le signe du lacet est très positif. La recherche de l’équilibre leucocytaire et une numération

fournissent les renseignements suivants :

MioDules: TOUPÉS, 75. 2,40 1.705.000 Globules blancs... 1.200 MÉEDIOCTLERL 2 ET SR 1 3% Polynucléaires neutrophiles.... 26% Polynucléaires basophiles Polynucléaires éosinophiles ... 0 Grands mononucléaires ....... 10% Moyens mononucléaires ...... 26% AMP AOCS EP EU NE Ut 28% 1 normoblaste dans la prépara-

tion.

Les globules rouges sont normaux. Présence de réseaux de fibrine. Plaquettes isolées, environ 200.000 par milli-

mètre cube.

Ces chiffres qui confirment l’anémie et révelent un certain degré de leucopénie avec neutropénie n’éclairent rien.

On comprend les hésitations diagnostiques que peut entraîner un tel tableau. L’aspect de ce purpura hématomique à lésions symétriques nous apparaît vraiment très spécial et nous ne pouvons le placer dans aucun cadre de la pathologie humaine. Comme le malade ne veut pas être hospitalisé, nous le renvoyons chez lui en nous contentant de faire une prescription générale : repos au lit et anti-infectieux banaux.

Le 6 décembre 1933, le malade n’allant pas mieux se présente à nouveau dans le service. L'aspect des oreilles n’a guère changé. Peut-être la coloration est-elle plus noirâtre, mais il ny a toujours pas de sillon séparant la zone hématomique de la zone voisine violacée et toujours d’aspect érysipélateux. Par contre, les hématomes des pommettes ont régressé ; des petites croûtes apparaissent à la superficie, Jinduration restant la même. Les lésions des pieds sont également en régression et la croûte noirâtre qui recouvre leur surface se fendille et commence à tomber. L’intégrité des muqueuses est absolue. La température est à 370 ; devant son état général de plus en plus alarmant, on le décide à se faire hospitaliser.

Le 7 décembre la température est à 3708. L'examen de son Sang nous revient avec le résultat suivant :

Hecht + + + +

B.-W. type — — + +

On se refuse à rapporter de suite l’affection à la syphilis

qu'il nie formellement et où de telles lésions sont inconnues.

es Le 8 décembre, on note la présence de sucre dans les

urines. La température s’élève à 390, Un nouvel examen de

sang donne les chiffres suivants :

GORE TTOUSES LU a, 1.400.000 (Giobnlestblancs- :4..,.:1.,1.7 1.400 HÉTIEU EYES ne Lo 1194 Hématies ponctuées (sur la pré-

OO) UC NN, 3 Polynucléaires neutrophiles.... 42% Polynucléaires éosinophiles ... 29% Polynucléaires basophiles .... 3 Grands mononucléaires ....., HO Moyens mononucléaires ...... 229% PDO DEYbES. 0 del 30%

Pas de formes anormales.

Plaquettes (par mme.)........ 180.000

Le 9 décembre, le temps de saignement est de 5 minutes : le temps de coagulation est de 6 minutes ; le signe du lacet est positif. Dans les urines la présence du sucre persiste, mais il n’y a ni albumine ni pigments.

Le 12 décembre la glycosurie a disparu. La température s’est élevée depuis deux jours et atteint 3902 le soir. Les oreilles sont toujours très tendues et ont tout à fait l’apparence d'oreilles gelées. Elles n’ont guère changé d’aspect depuis le premier jour, peut-être la tuméfaction s’est-elle encore exagérée. Les hématomes des joues sont moins étendus ; il ne reste qu’une fine croûtelle noirâtre et dissociée à leur surface. L’induration profonde est toujours marquée.

Le 14 décembre, un nouvel examen de sang n’apporte pas

de fait nouveau.

Globules rouges... 51% 12 -v4.080:000 Giobulesi Diane, 22 0e ; 4.500 RÉTICUIOCYLES MEL DANONE NAN 9 Polynucléaires neutrophiles.... 54% Polynucléaires basophiles .... 0% Polynucléaires éosinophiles ... 1% Grands mononucléaires ....... 6%, Moyens mononucléaires ...... 64 LYMPHOCYTES ERREURS 33%

Globules rouges d'aspect normal.

Pas de normoblastes.

Le 15 décembre, on remarque sur les oreïlles un fin sillon séparant la portion externe hématomique de la portion interne érysipélateuse. La température est toujours autour de 3805.

Aünsi donc nous observons notre malade depuis 10 jours sans qu'aucun indice nouveau n’apparaisse pour faire poser un diagnostic. On a repris un interrogatoire minutieux à son entrée à l'hôpital et le malade n’a accusé que l’ingestion de petit salé à l’origine de ses troubles.

C'est alors que M. Mamant, docteur-vétérinaire, stagiaire dans le service, pense à une forme anormale du rouget chez l'homme ; une figure du traité de Moussu est comparable à l’aspect de notre malade, et l’on est obligé-en effet de reconnaître la similitude des lésions.

Le diagnostic du rouget chez l’homme à forme porcine prend corps. Il nous en faut faire la preuve par des recherches bactériologiques.

On injecte de l’urine à la souris et au pigeon qui restent indemnes dans les jours suivants. Une inoculation de sang à la souris ne donne pas plus de résultat.

On ne peut recueillir de sérosité au niveau des lésions et

nous prélérons tenter une hémoculture. Au bout de 3 jours,

RO

la culture sur bouillon est un peu trouble et nous faisons des repiquages sur gélose qui nous donnent en 48 heures, le 20 décembre, des petites colonies isolées, transparentes, du volume d’une tête d’épingle. À l'examen microscopique, on est en présence de bacilles extrêmement fins et ténus, isolés ou groupés par deux ou trois, parallèlement ou à la file l’un de l’autre, et prenant le Gram. Il n’y a plus de doute, notre sujet est atteint de rouget anormal à forme septicémique.

Le pigeon inoculé avec cette culture résiste encore, ce qui tend à démontrer la pathogénéité atténuée du germe ; mais une nouvelle inoculation pratiquée le 28 décembre avec le produit résultant d’un second repiquage sur gélose entraîne la mort en 3 jours. Signalons la fragilité de nos cultures que nous avons multipliées et que nous avons perdues durant les repiquages.

Le 23 décembre, en période de traitement sérothérapique, on pratique une intradermo-réaction suivant la recommandation du professeur Lemierre avec l’endo-protéine préparée par Reiïlly. Elle donne lieu à une réaction positive caractéristique avec un peu plus de 1/10 de centimètre cube d’endoprotéine ; en 24 heures apparaît un placard arrondi très infiltré et douloureux, de la dimension d’une pièce de 20 francs, centré par une tache ecchymotique de 7 mm. de diamètre.

Une réaction-témoin pratiquée sur le malade avec de l’eau distillée ne donne rien. D’autre part une intradermoréaction est pratiquée chez un sujet normal et une autre chez un sujet à qui on a injecté préalablement 100 eme. de

sérum anti-rouget pendant 3 jours pour le placer dans les

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