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vous nous le dites, messieurs les Rouges, en toute lettre,
la bouche de l’un de vous, plus spécialement désigné pour exposer vos vues : ‘ Ah / deux Pots nos pères n’ont eu qu’à tendre la main pour acquérir leur indépendance ( en 91 et 1812 ] et deux fois is l'ont repoussée [dites glorieusement], parce qu’on aurait réussi à leur faire croire qu’elle serait funeste à leur langue, à leur nationalité, à leur religion, à leurs institutions et à leurs mœurs. Oui, deux fois, nous avons volontairement choisi le mauvais lot ! deux fois nous avons de propos délibéré manqué notre avenir ! ! 1”? C’est que deux fois nous les avions battus ces pauvres Américains qui leur sont si chers ! Voilà, lecteurs, ce qui leur fait tant de mal au cœur ! Sont-ils patriotes, ces Rouges impudents, maïs que disje, sont-Ws anti- Canadiens !
Hélas ! dites-nous donc, vénérables ancêtres, pourquoi gardiez-vous les murs de notre vieille ville ? pourquoi avez-vous tué, au Cap Diamant, le général américain Montgomery ? Et vous, vétérans de 1812, pourquoi ne vous êtes-vous pas laissé mettre les menottes comme prisonniers de guerre afin que nos Rouges démocrates puissent aujourd’hui répondre à la question—de quel pays êtes-vous ? Nous sommes Américains |— Américains des Etats du Nord battus deux fois en un an, à Bull Run, anéanti à Frédéricksbourg, et réduits à prendre la fuite dans toutes leurs rencontres avec les confédérés ! Tandis qu’avec vos beaux faits d’armes ils s’écrient aujourd’hui, la voix noyée de larmes : ‘ Que pouvons-nous, habitants du Canada, mettre en regard de tous les titres de gloire des Américains, si non les malheurs de notre pays ? [dont vous êtes les causes, si malheur il y a], nos propres regrets quant à sa faiblesse et à sa nullité relative ? Nous devons l’admettre, notre pays est d’un siècle en arrière du leur. La masse entière de nos compatriotes en est encore à la langue de Louis XIV.” [Lecture de M. Dessaulles] .
Voyez-donc, Canadiens, le beau reproche qu’on vous fait de parler la langue de Louis XIV 1 Véritablement, ces Rouges n’ont pas leurs égaux en bêtise et en ignorance. M'est avis à moi, comme à vous, j’en suis sûr, que si cette fois les Pouges disent vrai, c’est un nouveau titre de gloire ajouté à tant d’autres. Ignorent-ils par hasard quec’est sous le siècle de Louis-le-Grand que la langue française a atteint l’apogée de sa perfection ? que c’est la langue de Bossuet, de Fénélon,
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de Racine, de Corneille, de Molière, de Lafontaine, et que depuis cette époque elle n’a fait que dégénérer ! Si les Canadiens parlent la langue du grand Siècle, cependant il nous faut faire une exception en leur faveur et surtout en celle de M. Dessaulles qui, comme ses confrères, ne parle plus depuis longtemps la langue de Louis XIV ; il parle, il écrit, le cher homme, comme Edmond About, comme le Siècle, la Presse, l’Opinion nationale. Mais revenons à leur tirade que nous devons terminer : ‘ En Canada, disent-ils, c’est faire un - Fort de caractère, c’est presque se compromettre que d’être aussi ibéral que Saint Thomas. ” [Lectures de M. Dessaulles ]. Voyez, lecteurs, ils sont de plus en ri spirituels ces messieurs. Saint Thomas un uge, dites-vous; vraiment ce beau génie ne se serait guère attendu de tomber tout à coup dans votre galère. Quand nous direz-vous que le bon Dieu est Rouge ? Franchement, M. Dessaulles, entr’autres, auriez-vous jamais lu deux lignes de Saint-Thomas ? ou qui, de votre parti, en a jamais lu une page ?
Mais continuons à citer ; “ J'ai toujours pensé, dit M. Dessaulles [devant le Sanhédrin rouge de l’Institut de Montréal], j'ai toujours pensé que les Américains avaient pleinement le droit de me dire: Il n’a tenu qu’à vous de partager notre prospérité et nos institutions. ” Leur gloire est celle qui donne des défaites, leur prospérité consiste aujourd’hui en une dette de $2,000,000,000 : leurs institutions, nous n’en voulons pas ; croyez, messieurs les Rouges, que nous préférons beaucoup, ne vous en déplaise, l’Université-Laval, au collége Harward, où il n’est même pas permis de prononcer le nom de Dieu, et dans lequel aucun ministre de quelque culte qu’il soit, n’a accès même comme visiteur, cela par une clause spéciale de la dotation faite par le fondateur de cette institution. Il vous est loisible d’y faire étudier vos fils, croyez qu’on ne pourra leur apprendre à être plus impies et plus anti-Canadiens que leurs pères.
Quand on rougit d’être Canadien, quand on aime mieux s'appeler Américain, dites-le moi, lecteurs, a-t-on l'amour de son pays, l’amour national ; en un mot, aime-t-on le Canada ? Ceci seul suffirait, semble-t-il ; mais ne nous contentons pas de si pou, il nous reste encore à voir des nouveautés bien propres à nous faire frémir vour nos institutions et
| notre pays, si les Rouges étaient en mesure de les mettre à % exécution.
| Nous l’avons déjà dit,le beau idéal en fait de gouvernement, c’est, pour eux, la constitution démocratique des Etats-Unis. Ecoutons toutes les suppositions qu’ils font pour nous les faire aimer: ‘ Supposons, pour un instant, ‘: dit M. Dessaulies, dans ses fameuses lectures, qu’en 1812, ‘ le pays eut été assez ÉCLAIRÉ pour s’affranchir de l’obéis- ‘ sance et pour être exempt de préjugés contre les institu- ‘tions républicaines, (comme vous voyez la victoire de ‘6 Chateauguay leur fait mal au cœur) ; ag res que nous ““n’ayions pas commis la déploroble faute de combattre, (et À ‘ de vaincre, je sonpases: pour conserver le glorieux privi- 15 ‘6 lége d’être les sujets de l'Angleterre ; supposons enfin que “nous fussions tombé dans la grande confédération améri- ‘ caine. Qu’arriverait-ù aujourd’hui ? ” Et bien, messieurs, je vous le demande, qu’arriverait-il ? De crainte que vous ne répondiez, je le ae vous, en peu de mots. D'abord, toutes nos familles canadiennes pleureraient la perte d’un ou de plusieurs de leurs membres; nous aurions l’inestimable Ch bonheur, n’est-ce pas, de voir nos pères, nos frères, nos amis
levés par la conscription, aller combattre pour des institu-
tions qui nous sont D me M et se faire hacher, c’est le
mot, par les armées du Sud, toujours victorieuses, parce
que celles du Nord sont conduites par des mannequins et
non par des généraux ; par dessus tout cela, nous aurions 8 notre quote-part à payer de la dette nationale, deux billions de piastres, un beau brin de dette, comme vous voyez ; j’en passe de tous ces maux qui pèseraient sur nous, etce n’est pas les moindres, croyez m'en.
. À la suite des suppositions qne je viens de citer et auxquelles j’ai répondu, se trouve une jérémiade des mieux tournées, à la vérité, que l’auteur me permettra de rétorquer contre eux,eny changeant bien peu de chose : “Oui, Canadiens, mes compatriotes, nous avons eu le bonheur de ne pas nous laisser convaincre par de misérables lieux communs, sur la grandeur et le prix des institutions républicaines ; de ne pas nous laisser éblouir par les hypocrites promesses que x l’on nous faisait ; enfin, nous n’avons pas ajouté foi aux banales jérémiades que l'on nous a débitées sur la bonté, la justice, les vertus mêmes des très-excellents présidents ré-
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