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LE CRÉPUSCULE

I\re d'orgueil, alors que les autres nations ont licencié leurs troupes, Louis XIV garde les siennes, et, immédiatement, abuse de cet avantage pour poursuivre ses conquêtes en pleine paix. La plus importante, après Sarrebruck, Deux-Ponts, Montbéliard, fut l'acquisition de Strasbourg le 21 septembre 1681, ac(|uisition appuyée par la présence d'une armée de 35. 000 hommes. En même temps il occupait en Italie Casai, dont l'achat coûta la liberté à ce fiimeux Mattioli, favori du duc Mantoue, agent infidèle de la négociation, dans lequel certains historiens ont cru reconnaître le Masque de fer, l'énigmatiquc prisonnier de l'île de Sainte-Marguerite et de la Bastille.

Des fêtes continuent d'éblouir les yeux et de détourner les esprits des Français de ces actes d'ai'bitraire et de force. Pour la première fois, les femmes de la Cour figurent dans un ballet : c'est au château de Saint-Germain, dans l'opéra-ballet de Luili Le Trioinplie de V Amour, oii l'on voit paraître la Dauphine, les Princesses du sang et les Duchesses.

Puis, le 6 mai 1685., Louis XIV fait de Versailles le siège du gouvernement et s'y installe définitivement.

C'est la même année que Duquesne, employant la nouvelle invention

d'un jeune in<,féiiieur hcarnais, Pienau d'Elicagaray, dit Petit Rcnau, à eause de l'exiguïté de sa taille, incendie Alger, à l'aide de cinq galiotes à bombes. Ce fait, mémorable dans l'histoire de la Marine française, inspirera l'éloquence de Bossuet, lorstiue, un an plus tard, il tera l'Oraison funèbre d la Reine Marie-Thérèse, morte en quelques jours à peine, le 3o juillcti68.5, celle dont Louis XIV disait : « Depuis vingt-trois ans que je vivais avec la '^O Reine, je n'ai point eu d'autre chagrin de sa part que celui de lavoir perdue. »

Le grand orateur fera eu ces termes l'éloge de la force maritime du Roi de France :

« Avant lui, la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers : maintenant on les voit couvertes, depuis le levant jusqu'au coiichaul, de nos flottes victorieuses; et la hardiesse française portera partout la terreur avec le nom de Louis. Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vaiiuiueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. »

Mais on ne saurait oublier que le véritable créateur de cette puissance na\ ale, c'est Colbert qui, en i66i, trouvait 3o bâtiments de guerre dans nos arsenaux, et le 6 septembre i683, en mourant, en laissait 244, dont 68 en construction.

Cependant il mourait presque en défa\ eur, découragé de l'ingratitude du Roi, et était enterré de nuit, jiour que son cercueil ne fût pas insulté par la populace qui lui reprochait ses im|)ôts, ne se souvenant pas de sa probité, de son amour sincère et profond des classes laborieuses, de sa pitié, de son humanité, pour ne garder de lui que l'image détestée du despote à vues étroites, pour ne voir que sa rudesse de visage, sa dureté de caractère, sa vanité nobiliaire, son amour de fargent et des honneurs.

Ce sont les premières ombres jetées sur la triomphante clarté de 1 astre qui se dresse si éblouissant à Versailles. L'heure des fautes a sonné. C'est Louvois, déjà si influent, dont la prépondérance va dominer, prépondérance qu'il maintiendra par tous les moyens, en n'hésitant \rds même pour cela à lancer le Roi dans les plus terriljles aventures guerrières, Louvois, à . la politique arrogante, brutale, c[ui aura pour épitaphe : « Ci-git Louvois que personne n'aimait, et que tout le monde regrette ».

De rnonic la disparition de la Reine, si effacée cependant de son vivant, va permettre à M""" de Maintenon de prendre sur Louis XIV une influence néfaste, que nulle autre des précédentes favorites, La Vallière, de Montespan ou de Fontanges, n'avait pu acquérir, Finfluence politique et religieuse.

Très peu de temps après la mort de la Reine, Louis XIV épousait secrètement M'"' de Maintenon dans la chapelle de Acrsailles, ayant pour témoins les marquis de Louvois et de Monlclievreuil, pour assistants uniques l'Arelievèque de Paris du Harlay c|ui donna la bénédiction, le confesseur du Roi le père La Chaise qui dit la messe, et le valet de chambre Rontcnips qui la servit.

Le Roy Soleil a atteint la courlie fatale, on rien ne peut plus le retenir; c'est la descente : chaque acte, chaque pas fait en avant, le lance désormais d'une impulsion plus rapide loin des hauteurs auxquelles il pense toujours se maintenir.

Le refus ijue lui fait l'Espagne de lui céder le Luxembourg, le ])ousse à envahir de nouveau les Pays-Ras. D'Humicres prend Coartrai, et Cré(|ui avec Vauban bombarde Luxembourg et Oudenarde, sans que personne puisse venir au secours des Espagnols. La trêve de Ratisboune seule put terminer cette guei-re le i5 août idS/j.

D'autre ]iarl, sous un jjrétexte futile, Duquesne recevait l'ordre de bombarder Gènes, (|ui devait s'humilier devant le Grand Roi. Accompagné de quatre sénateurs, le doge de Gènes, Impériale Lescaro, arrivait, le iS avril i6S5, à Paris et se rendait ensuite à Versailles, on, placé sur un trône au bout de la galerie du cè)té du salon de la Paix, le Roi le recevait, ayant à ses côtés le Dauphin, les ducs de Chartres, du Maine, le comte de Toulouse. A la vue du Doge, Louis XIV se couvrit et fit couvrir Lescaro, c|ui prononça avec beaucoup de dignité le discours humiliant qu'on lui avait impose. Comme une loi lui défendait de quitter Gènes et qu'un courtisan l'interrogeait, lui demandant ce qui lui semblait le plus extraordinaire dans toutes ces splendeurs de Versailles, il répondit : « C'est de m'y voir

Comme si ce n'était pas assez de ces guerres extérieures, qui indisposaient contre la France une partie de l'Europe et qui allaient provoquer contre elle

Li redoutalilc guerre de la Ligr.c d'.Vui^sljoiirg, le Roi se préparait depuis loui^temps, poussé secrètement par son confesseur le père La Chaise, par le chancelier Le Tellier, par M""' de Maiutenon, par Bossuet, à prendre les mesures les pins terribles contre les Protestants.

En réalité, depuis i(i')[,la persécution contre eux n'avait jamais cessé; mais, plus le Roi avançait en âge, plus il subissait cette double influence, la crainte de l'enfer et l'espoir du salut. Aussi, à partir de 1674, la persécution redoubla. En août i685, les dragons dévastèrent le Béarn, détruisant lestem])les, obtenant les conversions en masse sous la menace du sabre; les Dragonnades avaient répandu la terreur. Mais cela ne suffit ])as, et les 17-22 octobre i685, le Roi signait cette révocation de l'Edit de Nantes, dont les effets désastreux se sont fait sentir pour la France jusqu'à nos jours, dépeuplant des provinces entières, enlevant nos meilleurs marins à la Hotte, forçant tant d'hommes de talent à s'expatrier, depuis les écrivains jusqu'aux généraux, et (|ui, si Massillon, Racine, La Bruyère et La Fontaine rap|)rouvaient, avait contre elle des hommes comme Catinat, Saint-Simon, Vauban.

Ce n'était pas la seule des taches (pii allaient successivement apparaître sur l'astre jnsfpie-là pur et radieux, et devenir de plus en pins visibles, malgré l'éhlouissement des feux tpi'il continuait à lancei'.

Les querelles religieuses d'ordre intime amenant les persécutions contre les .lansénistes, à l'instigation des .Jésuites, les angoisses plus terribles, les malheurs, les deuils, les tueries qui s'abattaient sur le reste de la France, n'empêchaient ])as, en effet, les fêtes de continuer. C'était, à Sceaux, en [f>8(\ la fêle donnée par le marquis de Seignclay pour le mariage de M. le Duc, petit-fils du Grand Coudé, avec M"' de Nantes, princesse royale, oîi l^acine com[)Osait YJdjUe de Ui Paix-, c'était un grand carrousel à Versailles; c'était le salon de Marly, avec ses boutiques tenues par M""- de Maintenon, par le Duc et la Duchesse; c'était la réception des Siamois à Versailles dans le salon de la Paix; c'était enfui l'inauguration de la Place des Victoires, ouverte par le colonel des gardes françaises La Feuillade, avec ce défi hautain jeté à l'Europe, la statue équestre de Louis XIV dominant les nations enchainées aux quatre angles.

Tout cela détournait des scènes sanglantes qui dévastaient le pays de

Vaud et ensuite les Céveniies; massacre des ^'audois en i6S(i, i^iierre des Camisards, plus tard en 1702, disparaissaient sous l'aveuglement des rayons pleuvant du foyer central de Versailles, qui paraissait toujours aussi puissant.

Pourtant c'est de là, de cette question religieuse, qu'allait surgir la guerre la plus sanglante et que s'inaugurerait pour le Grand Roi, invaincu, l'ère des premiers revers. L'immédiate conséquence de la révocation de l'Edit de Nantes sera la révolution d'Angleterre, Jacques II renversé par le (■al\ iniste Guillaume d'Orange (16S8). Une des plus grandes i'autes de Louis XIV va être de soutenir Jacques II et d'amener ainsi la grandeur de l'Anefleterre, devenue son ennemie.

A Augsbourg, le g juillet 1686, un traité secret avait déjà ligné contre Louis XIV, pour le forcer à observer les traités de Westphalie, l'Empereur Léojiold, le roi d'Espagne Charles II, le roi de Suède Charles IX et la plupart des princes allemands. Il ne manquait plus à cette ligue que l'adhésion de Guillaume d'Orange pour la Hollande. Roi de la Grande-Bretagne, il la lui donna sous le nom de Guiliaiunc HT, lui a|)portant ainsi le doulde appui de la HoUazide et de l'Angleterre, et devenant le chet de cette coalition générale contre l'ennemi comnlun, le roi de France.

Avec la confiance de son orgueil, le sentiment de sa supréuiatie absolue, le Rov Soleil fit face à tous ses ennemis, à la fois sur terre et sur mer, lort de ses 35o.ooo hommes et de ses 264 vaisseaux. La marine porterait la guerre en Angleterre, avec mission de restaurer les Stuarts, l arméc défendrait les frontières de terre et tiendrait tète à la coalition.

A Saint-Cyr, comme contraste, M""' de Mainlenon faisait représenter devant le Roi par les Demoiselles de Saint-Cyr VEsl/ier de Racine, et, tandis que les vers mélodieux du poète glissaient sur les lèvres charmantes des jeunes filles, et que Louis XIV semblait tout à sa passion du théâtre, làbas, sur le Rhin, nue tragédie bien autrement effroyable se passait, par les ordres de l implacable Louvois.

On attribuait à Louvois la responsabilité de cette guerre interminable dans laquelle il aurait, disait-on, lancé son maitre [)our l'occuper, à la suite d une mince discussion survenue entre eux au sujet d'une lenétre du Tria-

non, et dans laquelle se seraient heurtés leurs deux caractères violents.

En septembre 1G88, Louis XIV avait donc fait occulter Bonn, Reuss et envahir le Palatinat par une armée commandée par le Dauphin, avec Duras, Boufflers et Vauban. Maycncc, Heidclberg-, Philipsbourg- avaient été pris. Louvois, pour terroriser les Impériaux et jeter une barrière entre eux et la France, obtint du IVoi (|u'on ferait un désert de ce pays. La sape, la mine, l'incendie dévastèrent vignes, plantations, maisons, châteaux de la manière la phis sauvage. Les Ilammes anéantirent cette merveille, Heidclberg, laissant dressé, pour l'épouvante des siècles à venir, le st[uelette formidable de son château éventré; puis ce furent Manheim, Spire, Worms; et, à travers la neige qui ensevelissait tout le pays, sous les tourbillons blancs, sous les noires spirales de la fumée, sous les langues de feu de l'embrasement général, cent mille habitants, terrifiés, poussant devant eux leurs bestiaux, essayant de sauver leurs meubles et leur vie, s'enfuyaient par les ruines, les brasiers et les cendres. L'Europe entière tressaillit d'horreur et la Ligue d'Augsbourg fut plus unanime que jamais c:ontre la France.

Après une infructueuse tentative en Irlande pour rétablir Jacques II, à l'aide d'une ûotte conunandée par Château-Renault, l'année suivante (10 juillet i(k)o), Tourville avec Cliâteau-Fienault et d'Estrées infligeait une sérieuse défaite à la Hotte anglo-hollandaise à hauteur du cap Bévézicis, au sud de l'Angleterre, dans la Manche.

C'était neuf jours après ([ue le maréchal de Luxembourg avait remporté dans les Pays-Bas la brillante victoire de Fleurus (i''' juillet 1690) sur le prince de Waldeck, lui faisant 9.000 prisonniers, mettant 14.000 hommes hors de combat, enlevant 55 canons et prenant 100 drapeaux qu'il envoyait à Paris [)our la Cathédrale, ce qui le fit surnommer Le Tapissier de Noire-Dame.

La même année 1690, disparaissait Lebrun, le peintre lavori du Iloi, celui qui peignit à Versailles le plafond de la grande Galerie des Glaces, représentant les épisodes les plus marquants de la vie de Louis XIV, et c[ui montra dans sa peinture, dans ses compositions, le même goût du faste, le même orgueil démesuré que le Roi dans sa manière d'être et de régner. Tyrannique et absolu comme son maître, il fut le vrai peintre et le fidèle reflet du Ilov Soleil.

Le 5 janvier iGc)i, iaiblc consolation de la décisive bataille de La Boyne, (|ui avait définitivement chassé Jacques II de llrlande et affermi Guillaume III sur son trône, Louis XIV laisait représenter AUialie de Racine, à huis clos devant les Rois tout seuls, pour l'infortuné Stnart, en attendant qu'il fit faire pour lui cette suprême tentative qui s'appela la bataille de la Houguc, et oii Tourville, malgré sa défaite, montra de si puissantes qualités et fit taut de mal à la flotte anglo-hollandaise. Perdue le lendemain, la bataille avait été gagnée la veille, et ce fut un glorieux désastre, dont malheureusement les résultats eurent un retentissement formidable et prolongé sur l'avenir : ce jour-là, l'Angleterre conquit la su|)rématie des mers (29 mai 1692).

Ignorant volontaire de ce qui se passait sur mer, ne voulant pas voir ce (pii affaiblissait l'éclat de son règne et résistait a son omnipotence, Louis XIV était tout à ses succès dans les Pays-Bas, oii il faisait le siège de Mons avec Vauban et où celui-ci prenait A^amur, en 1692, sur son rival Cohorn. La victoire de Steinkerf[ue (3 août 1692), qu'on appela la bataille des Princes, parce que ceux-ci chargèrent eu personne, la cravate nouée à la liàte autour du cou, dans la rapidité de la surprise à repousser, entraînés par Luxembourg, causa vme telle joie dans Paris, par la manière brillante dont elle avait été remportée, que la mode s'en emjîara et ([ue tout, surtout les cravates, fut a. la Stcinkerque .

Cependant le Roi avait fait deux pertes irréparables, et dont on devait plus tard sentir la gravité. En i6go, Seiguelay était mort, la marine devait bientôt s'en apercevoir, et l'armée avait perdu Louv'ois le 16 juillet ifiqi. Il travaillait avec le roi chez, M""' de Maintenon; une de ces disputes qui leur étaient habituelles ayant eu lieu entre eux, Louis XIV jeta ses papiers au visage de l'orgueilleux et rude ministre. Louvois tomba frappé d'apoplexie et mourut après avoir été transporté chez lui.

Sur uier, pourtant, la victoire de ïourvillc à Lagos (Poi-tugal) semblait, en juin 1693, prouver que la bataille de la Hougue n'avait pas complèlcment anéanti notre marine. En outre, de hardis corsaires, comme .lean Bart, Duguay-Trouin, Forbin, Cassart, faisaient le plus grand mal aux Anglais; surtout ce Jean Bart ([ui était leur terreur. Cest lui ([ui, à Versailles oil

011 le regardait un peu comme une bête curieuse, ayant fait ranger les courtisans sur une seule ligne, tomba au milieu d'eux à coups de poings, a\cc de grandes bourrades, pour montrer comment il se conduisait en lace d'une flotte ennemie; il se vengeait ainsi des airs méprisants avec lesquels ces seigneurs l'avaient accueilli, eu le voyant si rude, si grossièrement babillé et si peu nuisqué.

A partir du moment oii Guillaimie III était revenu en personne prendre le commandement dans les Pays-Bas et tenter de reprendre Namur, Louis XIV abandonnait pour toujours les armées, au milieu desquelles il ne devait plus reparaître, laissant la place à ses marécliaux.

Son absence u'empèclia pas Luxembourg de remporter, le 2g juillet 1G93, cette sanglante \ ictoire de Nerwinden, durant laquelle la cavalerie française s'acquit un renom immortel, en ne bougeant que pour resserrer ses rangs, broyés par les boulets, troués par les balles, durant qualre lieiu'es, et arracbant ce cri de colère à Guillaume : « Ob', l'insolente nation! « Ce fut à la baïonnette, une arme qu'on venait d inventer et que Vauban devait perfectionner, c|ue les gardes françaises emportèrent Nerwinden, terminant la bataille par une telle Ijoucberie que, malgré l intrépidité de Guillaume, tout céda devant leur attaque. Cétait le dernier exploit de Luxembourg, (|ui allait bientôt mourir, et avoir Villeroy pour successeur.

Villeroy n'avait ])u remplacer Luxemboiu-g; on s'en a|)ereut quand il laissa Guillaume reprendre Namur, après avoir voulu donner l'iionneur de la victoire au duc du Maine; mais le Prince royal perdit la tète et manqua de bravoure. On prétend qu'au moment où, à Versailles, on apprit celte laiblesse du jeune prince à Louis XIV, celui-ci venait jirécisément d'apercevoir un des valets voler un biscuit en desservant. Un flot de sang lui montant à la tète, il se précipita sur le coupable et lui brisa sur le dos le bambou quil tenait à la main. Le malbeureux pavait eu ce moment ])our lui et pour le dut>du Maine. C'avait été, cbez le Rov Soleil, le réveil brusque d un naturel emporté, qu'il parvenait d'habitude à dompter, comme il l'avait prouvé autrefois, alors que Lauzun lui ayant tenu tète et l'ayant exaspéré, il avait jeté sa canne par la fenêtre pour ne pas frapper un gentilhomme.

Liixemboiiri^' ôtait mort le 4 jiinvier iGgS. Pres(|uc en iiièine temps que lui, le 7 janvier, mourait la Reine d'Angleterre, Marie. Si la disparition du vainqueui" de Ncr«inden avait alïaibli la France et enlevé à Guillaume III un adversaire redoutable, par contre, la mort de la Reine enlevait au Roi son mari nue pai lie de son autorité sur l'Angleterre. La prise de Namur fut sa dernière \ ictoire sur le continent, car il allait av oir à défendre sa couronne et à survcillci' ses intéi'èts en Angleterre, où le peuple, écrasé d'impé)ts, soulTrait et s'agitait.

Pendant ce temps, en Italie, en Sa\(jie, la gucri'e se poiusuivait toujours depuis 1690. Là cétait Catinat, le successeur de Turennc, que ses soldats surnommaient Ia' Père La Pensée, qui remportait le 17 août i(k)o la belle victoire de La Stallai'de; puis, à la baïonnette, le \ octobre i()()3, celle de La Marsaille, ou il prit 3fi canons, Tx) drapeaux cl mit liors de combat 17.000 liommes. Eu Espagne, le duc de Vendôme, c|ui avait remplacé le duc de Noailles en iCic)."), s'emparait de Barcelone (1697).

Sur mer a^ ait eu lieu le bombardement inolfensii de Saint-Malo, qui coûta la A ie à un mallieureux cliat errant sur les toits. Mais un auti'e événement s'était passé, presque inaperçu, et qui cependant mérite une place à part dans Ibistoire et demeurera un des faits de gloire les jilus inqiortants dont puisse, à juste titre, s'enorgueillir la population de nos côtes de Bretagne surtout, toujours si exposée durant cette lulte avec l Angleterre. C'est la bataille de Camaret le 18 juin 169^, ou, grâce aux précautions prises par Vauban, au fort élc\ é jtar lui, les humbles pécheurs de Camaret, voisin de Brest, nuis aux trou|)es et milices gardes-côtes, infligèrent aux Anglais la plus cruelle défaite. Ils leur tuèrent la jiresque lolalilé des hommes débarqués, firent les autres prisonniers, obligeant une flotte anglo-hollandaise de 80 bâtiments à fuir eu désordre, ayant perdu plusieurs grands vaisseaux, après une tentative pour faire une descente et prendre Brest à rexers. Ce jour-là, les lîretons du Finistère avaient sauvé Brest, et par suile la France. Cela disparut presque, au milieu des événements de la frontière de terre, qui faisait oublier nos si importantes frontières de mer.

Mais tous étaient épuisés, après trente ans de guerres continues. Une misère épouvantable pesait sur ces malheureux peujdes entre-heurtés dans

ces luttes incessantes, et, de tovis cotés, se faisait sentir de plus en plus impérieux le besoin delà paix. Plus la France et le Pioi avaient de gloire, plus le pays avait de deuil et de misère, avec ses quatre armées sur pied, les 80.000 hommes de Villerov eu Flandre, les 40.000 de Clioiseul sur le Rhin, les 35. 000 de Catinat dans le Piémont, les 45. 000 de ^ endonie en Espagne.

Le traité de Turin, (|ui eut lieu en 1(196, ayant détaché de la coalition le duc de Savoie, "\ ictor-Amédée, celle-ci se trouvait dans une jiosition désavantageuse pour continuer la guerre. Une seule chose arrêtait l'entente, c'était le refus de Louis XIV de reconnaître Guillaume comme roi d'Angleterre. Mais de graves é\ énements se préparaient en Espagne, où le roi Charles II était de plus en plus l'aihlc et maladil'. Le congrès s'ouvrit à Rysw ick le 9 mai 1697 el traîna jusqu'en octobre, ou le traité de paix lut enfin signé.

Si

Louis XIV reconnaissait Guillaume III comme roi d'Angleterre et rendait la plus grande partie des conquêtes qu'il avait faites sur les Impériaux, sur l'Espagne et sur les Pa\s-Bas.

l^éjà très avancé sur cette courbe descendante qui s'aggravait de plus en plus, le Roy Soleil cédait; son éclat conuiiençait à faiblir; ses rayons n'avaient plus la même chaleur et ne jiortaieut plus aussi loin : des taches de [)lus eu plus grandes assombrissaient la splendeur de 1 astre déclinant.

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