‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 101 sur 221 · LK ROYAUME DE L.V HUE S V I N T- H O X 0 U É · texte numérisé non relu

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plus lard, de relour ù Paris, écrivit, sur la prière de la comtesse d'Egmont, ces célèbres Anecdotes sur la révolution de Russie qui , Lien que non imprimées et colportées sous le manteau, excitèrent dans le monde politique et littéraire une sensation et une curiosité incroyables. Une première lecture eut lieu, dans le plus profond secret, à l'hôtel de Clioiscul, puis une seconde, non moins mystérieuse, dans le salon de madame du Dcffand. Il est aisé d'imaginer que, piquée d'émulation, madame Geoffrin n'eut de cesse qu'elle n'eût obtenu la même faveur, et l'on ne saurait lui en faire un crime. Mais sa grande faute fut d'étendre au delà de toute prudence le nombre des auditeurs, et de manquer de discernement dans le choix des élus. Parmi les vingt personnes qu'elle convia à cette lecture figuraient le comte de Creutz, ministre de Suède à Paris, le baron de Gleichen, envoyé de Danemark, et, légèreté inqualifiable, le prince Adam Czartoryski, oncle du roi de Pologne, ainsi que Grimm, correspondant attitré de la grande Catherine ^ Il était dès lors inévitable que cette dernière fut informée des divulgations indiscrètes qui se répandaient sur son compte, et c'est ce qui ne manqua pas d'arriver.

La maladresse de madame Geoffrin en cette circonstance serait inexplicable, si nous ne savions de bonne source que, sans doute abusée par le séduisant

I. Voir notamment sur ce point la biograpliic do la Comtesse d'Egmont, par la comtesse d'Armaillc.

portrait que Rulhière avait tracé de Catherine et par la modération apparente avec laquelle il appréciait sa conduite, elle refusait d'admettre que l'ouvrage pût nuire à la réputation de la souveraine, et préférait même, d'accord en cela avec Diderot, cette relation impartiale « à toutes les apologies » excessives qu'on avait publiées en Russie ^ Mais tel ne fut pas l'avis de l'Impératrice, mieux placée que personne pour juger de l'effet probable de ces révélations, et soucieuse avant tout de dissimuler aux regards de son fils les circonstances tragiques de son avènement au trône. Elle entra, dès la première nouvelle, dans une violente colère, et résolut de tout mettre en œuvre pour empêcher la diffusion du récit de Rulhière.

Une démarche que tenta d'abord le gouvernement français, à l'instigation de la cour de Russie, pour s'emparer par la force du redoutable document, ne remporta aucun succès ; tout essai d'intimidation échoua devant la fermeté et le sang-froid de l'auteur. On dut songer à des moyens plus doux. « Il faut acheter le manuscrit » , tel fut le mot d'ordre donné par Catherine; mais, au lieu de faire suivre l'affaire ({ par les littérateurs », comme le lui conseillait Diderot, elle en chargea Betzki, qui en chargea madame Geoffrin ^ ; et c'est ainsi que cette dernière se

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