CHAPITRE XII
Le « fils adoptif » de madame Geoffrin, Stanislas-Auguste Poniatowski. — Son élection au trône de Pologne. — Joie exubérante qu'en ressent madame Geoffrin. — Ses ambitions politiques. — Part qu'elle prend à la reconnaissance officielle du nouveau roi par la France. — Sa lettre au duc de Choiseul. — Succès de sa diplomatie.
Le récit des relations de madame Geoffrin avec les grands de ce monde nous conduit maintenant à la période la plus retentissante — sinon la plus vraiment glorieuse — de toute son histoire. Dans celte existence que nous avons vue paisible, unie, sereine et habilement réglée, un bouleversement violent éclata tout à coup, comme un orage le soir d'une belle journée d'automne. Cet ouragan imprévu n'eut pas seulement pour effet de renverser au passage l'organisation savante et méthodique de sa vie ; mais elle en fut troublée dans les profondeurs intimes de son être ; et, par une singulière ironie, la femme la plus raisonnable
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de son temps, qui avait travaillé cinquante ans à bannir de son amc tout sentiment excessif, qui, dans son horreur de tout ce qui sentait le faste et l'ostentation, avait fait « passer le rabot sur toutes les sculptures de son appartement ' », dont enfin l'on avait pu dire méchamment que, pour conserver l'équilibre en tout, elle n'aimait rien passionnément, pas même la vertu, fut saisie subitement d'une folle ivresse de joie et d'un vertige d'orgueil, en apprenant l'élection au trône de Pologne de son ancien protégé, Stanislas- Auguste PoniatOAVski.
Pour expliquer la cause de celte crise surprenante, il faut remonter à l'époque où l'un des plus grands seigneurs de Pologne, le comte Poniatowski, époux de la princesse Constance Czartoryska, grand trésorier du royaume et grand-mailre de l'artillerie, vint, en l'an 1741, passer une saison à Paris, et y reçut de toutes parts l'accueil le plus sympathique et le plus distingué. Il fut notamment l'hôte assidu du comte de ïorcy, chez qui, de son côté, fréquentait madame Geofîrin. Elle y rencontra le noble Polonais, et, raconte madame de la Ferté-Imbault , « elle se prit d'attrait pour lui, ce dont il se montra très flatté. Elle lui rendit tant de services, et le mit si fort à la mode, que M. de Poniatowski, par plaisanterie, la nommait sa femmes et lui dit qu'il lui enverrait ses