I. Thomas, Eloge de madame Geoffrin
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enfants, en leur recommandant de prendre la même confiance en elle que si elle était leur mère. Et en efFet il les lui a tous envoyés... » Des cinq enfants dont il disposait ainsi, celui qui sui\it le plus exactement la recommandation paternelle fut son quatrième fils, Stanislas-Auguste, qui était aussi le plus brillant et le mieux doué de tous. Spirituel, instruit, élégant et beau, c'était, dit le comte GoloAvkin, « l'homme de l'Europe le plus distingué, par sa bonne façon, et le bon goût de sa politesse et de ses discours ». Il vint à Paris dans l'année 1753, et son premier soin en débarquant fut de frapper à la porte de la vieille amie de son père, et de faire appel à sa bienveillance pour qu'elle guidât ses débuts dans la société française.
Stanislas-Auguste avait alors vingt et un ans. Il avait perdu sa mère depuis peu. Sa jeunesse, son goût pour le plaisir, l'exposaient à mille dangers, dont il se rendait compte. Madame GeolTrin accepta sans hésiter le rôle qui s'offrait à elle, et le prit tout à fait au sérieux. « Il l'appelait maman ^ et moi sa sœur, » dit madame de la Ferté-Imbault ; et, s'il lui voua effectitivement une affection filiale, elle fut de son côté une mère véritable, tendre, attentive et dévouée, bien qu'un peu despote et souvent grondeuse, selon son,
I. Cette appellation de « maman », dont se sert toujours Stanislas-Auguste Poniatowski en écrivant à madame Geoffrin, n'est pas un privilège exclusivement réservé à son usage personnel. On voit par les lettres du prince de Kaunitz qu'il avait éga-
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humeur ordinaire. Elle se mèlail de loules ses alîaires, 'et veillait étroitement sur ses actes. « Je l'ai vu quelquefois, raconte Grimm, demander et obtenir pardon de ce que la sévérité maternelle appelait conduite de mauvaise tête ; le lendemain, nouveau sujet de gronderie et nouveau besoin de pardon. » Une légende assez répandue veut qu'à la suite de je ne sais quelle galante équii)ce, le jeune comte se soit vu réduit à faire (( un billet d'honneur », et que, n'ayant pu l'acquitter, il eût été sur le point d'être mis à la Bastille ' ; lorsque madame GeolTrin, à laquelle il vint avouer sa faute, paya la dette, et le tira d'affaire. Rulhière donne le fait comme certain. Madame de la Ferté-Imbault, mieux placée sans doute pour être exactement informée, est moins affirmative : « Ma mère, écrit-elle, n'en a jamais voulu convenir, même avec moi. Mais, comme elle est fort discrète sur les services qu'elle rend, et qu'elle en rend beaucoup en ce genre, je croirais assez que cela peut être vrai. »
lement adopté ce terme en s'adressant à sa vieille aaiio. D'autres encore, comme le comte de Hessenstein, fils naturel du roi de Suède, décoraient madame Geoffrin de cette maternité honoraire : (( Adieu, ma chère maman, lui écrit ce dernier ; je me mets à vos pieds, aimez-moi toujours. » (Lettre du 20 août 1772. Archives de la famille d'Estampes).
I. Dufort de Chevcrny assure dans ses Mémoires que Poniatowski fut réellement enfermé pour dettes au Petit-Cliàtelct, mais que « il n'y fut pas une heure, que madame Geoffrin l'en tira, en payant, par elle et par ses amis, plus de cent mille livres. »
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Le séjour à Paris de Stamslas-Auguste PonialOAvski ne dura que cinq mois. Rappelé par sa famille en Pologne, on sait quelle fut son étrange destinée, comment, nommé à vingt-cinq ans ambassadeur à Pétersbourg, il inspira à la grande-duchesse Catherine une passion aussi violente qu'éphémère, et comment celle-ci, quelques années plus tard, devenue impératrice de Russie, fit monter son ancien amant sur ce trône de Pologne, dont il devait être le dernier occupant. Ce qu'il y a peut -être de plus rare encore que ce u roman de royauté )) , comme l'appelle madame de la Ferté-Imbault, c'est qu'au milieu de tant d'aventures et malgré cette prodigieuse fortune , le « fils adoplif » de madame Geoffrin ait conservé si fidèlement dans son cœur le souvenir de celle qui, pendant une courte période de sa jeunesse, avait exercé sur lui une heureuse influence. Dans les orages de sa liaison avec Catherine, et, plus tard, au cours des luttes politiques qui précédèrent son élection * à Varsovie, il ne cessa jamais de correspondre avec elle, de la tenir au courant de ses craintes et de ses espérances ; et trois jours après son avènement, le 9 septembre 170/1, son premier instant de loisir est pour lui annoncer de sa main l'extraordinaire nouvelle, et l'assurer que les grandeurs ne changeront rien à son ancienne affection.
Sur cette lettre de faire-part d'un genre si particu-