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LE ROYAUME DE LA RUE S A I N T-IION OUÉ . sSl
lier, plusieurs versions ont couru, dont aucune n'est authentique, u Maman, votre fils est roi! » tel est le texte adopté par Sainte-Beu>e. Le baron de Gleichen en donne cette variante : « Ma chère maman, je règne, ne me grondez pas. » L'excellente publication faite par M. le comte de Mouy de la correspondance du roi de Pologne avec madame GeofTrin a restitué les termes exacts de la lettre de Stanislas-Auguste, beaucoup plus simples et par là même plus touchants : « Ma chère maman, il me semble que j'ai encore plus de plaisir à vous appeler de ce nom depuis avant-hier. Dans toute notre histoire, il n'y a point d'exemple d'une élection aussi tranquille et aussi parfaitement unanime...* » Puis, après le récit des circonstances de l'élection, il ajoute que le prince-primat, en passant devant le carrosse des principales dames du royaume, leur a fait « la gentillesse » de leur demander qui elles désiraient pour roi : « Que n'éliez-vous là ? s'écrie-t-il gracieusement. Vous auriez nommé votre fils ! » A quelques jours de là, enchérissant encore sur ce tendre langage : « Le titre de votre filsbien-aimé, dit-il, flatte mon amour-propre à l'égal de tous ceux que je porte. »
I. Correspondance inédite du roi Stanislas-Auguste Poniatowski et de madame Geojfrin (1764-1777), Paris 1875. Pour la période qui va suivre, je ferai do fréquents emprunts à cette correspondance, précédée d'une intéressante notice et enrichie de notes aussi savantes que judicieuses.
Mais si le héros de l'avenlure paraît avoir garde son sang-froid et résisté à l'enivrement du succès, il n'en est pas de même hélas ! de celle à qui il adresse les lignes que je viens de citer. Pendant les semaines qui suivent l'élection de Stanislas-Auguste, madame Geoffrin est littéralement hors d'elle-même. Celle royauté décernée à celui qu'elle regarde comme son fils lui tourne la tête, l'exalte jusqu'au délire. Ni la froideurde l'âge, ni celle raison dont elle est fière, ni même la crainte du ridicule, rien ne peut modérer le tumultueux excès de son enthousiasme. Le vieux sang d'une race bourgeoise fermente dans ses veines, et la parvenue, fdle d'un a officier du service » de la Dauphine, s'éblouit naïvement devant une couronne, dont l'éclat lui semble rejaillir sur son front et le parer d'une auréole. « Quand je songe que mon cher fds, que j'ai vu bien jeune, que j'ai bien grondé, est roi, et m'aimant autant qu'il faisait quand il n'était que mon fils, la tête me pète et mon cœur brûle ! »
Tel est le premier cri qui lui échappe, et, pendant quelque temps, cela va crescendo. Sous celle plume exacte, mesurée, d'un goût si sûr, l'hyperbole fleurit, énorme et affligeante. Tantôt elle forme pour le nouveau roi des rêves de grandeur fanlaslique, où ellemême ne manque pas de jouer un rôle : il sera « Henri IV » et elle sera « Sully » ; il égalera les splendeurs de « Salomon », et, nouvelle u reine de Saba », elle ira l'admirer dans sa gloire. Tantôt ce
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sont des effusions de tendresse, dont le lyrisme va jusqu'à l'emphase et confine au comique : « Mon cher fils, mon cher roi, mon cher Stanislas-Auguste, ma Trinité, je vous adore en vous embrassant... Mon cœur s'élance vers vous et mon corps a envie de le suivre... Je crois réellement que je mourrais de joie si je vous embrassais. Mon fils, mon Roi ! Quelle est la -particuhère qui peut dire cela i' Moi seule ! »
Toutefois, hàtons-nous de le dire, cet accès inattendu est de courte durée. La première bouffée d'orgueil une fois dissipée, sa vraie nature reparaît, et son âme réfléchie reprend possession d'elle-même. Dès les lettres qui suivent celles dont j'ai cité des extraits, le ton change, et, si quelque tournure forcée vient encore rappeler par endroit l'excusable exaltation de la vanité maternelle, les sentiments qu'elle exprime et les conseils qu'elle envoie à son fils d'adoption nous la montrent à nouveau sous son aspect habituel : simple, enjouée, judicieuse, d'esprit net et de sens pratique. Elle revient par degrés à son rôle de mentor, de directrice spirituelle, de donneuse d'avis, lui signale les défauts et les faiblesses de son généreux caractère, l'avertit des pièges d'une imagination trop ardente et des réveils tardifs qui suivent une confiance inconsidérément accordée. « Je ne me défie de personne, avait-