‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 117 sur 221 · Lettre à M. Boutiu · texte numérisé non relu

Lettre à M. Boutiu

2, A Durlach.

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moins pendant un mois. Car, en partant de Paris, j ai pris une résolution décidée de souffrir patiemment les inconvénients du voyage, et de bien traiter mes gens afin qu'ils me traitassent bien. Vous allez voir si je me suis tenu parole : Je me lève tous les jours à quatre heures ; je vais tout doucement à la porte de Marianne et de Nanelte ; je fais loc-toc, et je dis d'une voix flûtce : « Les belles demoiselles sont-elles éveillées ") Ont-elles bien dormi ? » Quand elles ont répondu : oui, je les prie très poliment de vouloir bien prendre la peine d'aller éveiller les beaux messieurs. Ces beaux messieurs sont Nanteuil et Picliard. Ce dernier ressemble à Sanclio Pança comme deux gouttes d'eau. Quand on est venu me dire que les beaux messieurs ont fait graisser la voiture, et que les belles demoiselles sont prêtes, je dis : « Voilà qui est bien », je monte en voiture, et nous allons. A la dhiée, je ne suis occupée que du diner des beaux messieurs et des belles demoiselles, et nous remontons en carrosse. A la couchée, j'en fais autant ; et nous voilà tous en bonne santé, et très contents les uns des autres.

» En arrivant à Vienne, j'ai trouvé l'homme du roi de Pologne, qui est un homme très poli, qui a le titre de capitaine, qui amène avec lui meubles, vaisselle, cuisine, et généralement tout ce qu'il me faut, et plus qu'il ne me faut, pour faire le voyage très commodément. Je reste ici jusqu'au jeudi 12, et je serai à Varsovie le 20 ou le 2 1 . J'ai trouvé une

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lettre du Roi, que ce monsieur m'a remise, la plus tendre et la plus touchante qu'il soit possible d'imaginer. Je partage bien l'impatience qu'il me témoigne de me voir.

» Vous méritez bien d'être traitée comme mes belles demoiselles. Je vous dis donc, belle marquise de mon cœur (vous voyez que je vous donne le cœur, de plus qu'à elles) je vous dis donc que, jusqu'à ce moment-ci, je ne dois point me repentir de mon voyage. Je ne vous donnerai plus de mes nouvelles que quand je serai arrivée à Varsovie. J'ai reçu une lettre de vous datée du 25, dans le moment que vous alliez partir pour Saint-Maur. Je vous ai écrit de Strasbourg, et de Mannheim ; croyez qu'il ne m'a pas été possible de vous écrire plus souvent.

» Envoyez chez madame la duchesse de la \allière l'assurance de mes tendres et respectueux hommages, et faites-lui dire que j'ai soupiré tous les dimanches au soir en pensant que je n'étais pas à ses pieds. Ses lentilles ont eu une petite part au soupir ; je l'avoue d'autant mieux que ce petit sentiment de gourmandise ne déplaira pas à madame la duchesse.

» ... Je crois bien f{ue vous devez être fort ennuyée d'entendre parler de mon voyage. Mais il faut espérer que dans peu on n'en parlera plus. Mon retour le justifiera '. »

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