‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 118 sur 221 · I. Arcliives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

I. Arcliives de la famille d'Estampes

LH ROYAUME DE LA UUE S A I N T - UON O U É . 20"

A défaut de l'accent malcrnel, que madame Geoffrin semble avoir réserve à son « fils adoplif », cette lettre respire une bonne bumeur et une sincère allégresse, qui ne se démentiront pas pendant les premiers mois du voyage. Dans la lettre ci-après, qu'elle adresse deux jours plus lard à Gentil-Bernard, celle satisfaction se double d'une certaine enflure de vanité, dont on a le droit de sourire, mais qui, disons-le à son excuse, était un travers partage par les plus illustres de ses contemporains. Grimm, Diderot, Voltaire lui-même, tout le clan philosophique, malgré l'indépendance de leurs idées, ressentent pour les têtes couronnées un goût et une admiration, qui les font {( pâmer de tendresse » à la plus légère marque de sympathie ; madame Geoffrin ne saurait être plus sévèrement jugée que tous ces grands espi-ils. Voici les principaux passages de sa lettre :

« 10 juin 17GG.

» ... Je suis à Vienne comme j'étais à Paris. Ma chambre ne désemplit pas, et je suis engagée pour un mois, si je restais ici. M. de Kaunitz, premier ministre, m'a comblée d'attentions ; je vais dîner chez lui aujourd'hui à sa campagne. On me mena hier ù une promenade publique, qui est fort belle. L'Empereur était en voiture avec les archiduchesses. Il m'a regardée d'un air très honnête ; quand je l'ai cru

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passé, il s'est retourné bien vite ; on a crié : « Yoilà l'Empereur ! » Il est descendu avec vivacité de sa calèche, et est venu à la portière du carrosse où j'étais. Il m'a dit qu'étant obligé de partir la nuit pour aller au camp, il était empressé d'avoir l'honneur de me connaître. Je lui ai demandé en balbutiant comment il était possible que j'eusse l'honneur d'être connue de lui ; il m'a répondu des choses si flatteuses que je n'ose les répéter. Je n'ai jamais été si bête, par l'extrême surprise où j'ai été de voir un Empereur à la portière de mon carrosse, dont il n'a pas voulu me permettre de descendre !

» L'Impératrice-Reine m'a fait dire joar le prince de Kaunitz qu'elle voulait me voir. Je dois aller demain à sa maison de camj^agne pour lui être présentée... Les politesses et les attentions que je reçois sont inimaginables. Les dames aussi sont fort honnêtes. Je n'ai encore rien vu de la hauteur des Autrichiens, ni de l'étiquette dont on parle tant.

)i Adieu ; malgré tant de brillants succès, je serai très aise de vous revoir au coin de mon feu ^ »

La présentation à l'Impératrice eut lieu en effet le lendemain , à Schœnbrunn, où Marie-Thérèse se trouvait avec tous ses enfants. L'archiduchesse Marie- Antoinette, alors âgée de douze ans, frappa particulièrement madame Geoffrin, qui la trouva « belle comme

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