‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 121 sur 221 · I. Arcliives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

I. Arcliives de la famille d'Estampes

LE nOYAUME DE LA HUE S A I N Ï-IIONOUÉ . 2G1

baron de Gleiclicn, qui a vccu dans son inlimilé, le représente comme « grand, bien fait, recherché dans sa parure, ridicule par sa perruque à cinq pointes », grave et raide dans son maintien, fortement imbu de sa supériorité, et faisant en général peu de frais pour ses hôtes, quel que fût leur rang. A la fin du repas, on lui portait un miroir avec tout un attirail de dentiste, et il se livrait sans cérémonie à une longue toilette de bouche devant toute la compagnie. Accoutumé à se retirer à onze heures du soir, il ne se gênait ni pour un archiduc, ni même pour l'Empereur, et, « s'il se trouvait encore à cette heure au billard, il lui tirait sa révérence et le plantait là » . Un ambassadeur qui dînait chez lui pour la première fois, ne se trouvant pas encore dans le salon quand le prince y entra, celui-ci, sans attendre une minute, fit servir et se mit à table. Il est vrai que, le lendemain, il fit retarder son dîner pour un maître de ballets, qui n'était pas arrivé à l'heure fixée. Ce dernier trait, qui eût pu rabattre l'orgueil de madame Geoffrin à se voir si bien reçue, ne parvint sans doute pas à ses oreilles ; et rien ne gâta sa joie innocente d'être traitée, comme elle dit, par le premier ministre, avec autant de distinction que si elle eût été « la princesse de Trébizonde ».

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