‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 122 sur 221 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Arrivée à Varsovie. — Accueil du roi de Pologne. — Bonheur sans mélange. — La vie de madame Geoffrin à la Cour. — Importance qu'on attribue en France à son rùle et à son influence. — Lettres de Marmontel et de Voltaire. — Revirement dans l'esprit de madame GeofTrin. — Sa querelle avec le Roi. — Causes probables de ce dissentiment. — Réconciliation finale. — Départ de Varsovie et retour à Paris.

Sur le départ de Vienne et le trajet de cette ville jusqu'à Varsovie, je n'ai que peu de choses à dire, les lettres de madame GeofTrin étant à ce sujet fort sobres de détails. Le capitaine Bachone, que Stanislas- Auguste avait expédié au devant de sa vieille amie, afin de lui ser\ir de guide et de préparer ses gîtes, « à cheval, à pied, en voiture, partout où il faudra », fit à coup sûr de son mieux pour aplanir les difficultés de la roule. Mais il ne semble pas que, malgré ses consciencieux efforts, il ait entièrement réussi dans sa tache. Dans une lettre écrite plusieurs années

LE UOY.VUME DE LA RUE S A I N T-II O N O IlÉ . 2G3

après son retour, madame Geoffrin énumcre avec une juste fierté les obstacles qu'elle eut à surmonter au cours de ses dernières étapes, « les chemins qui n'en étaient pas, les couchées dans les étables d'où il fallait faire sortir les bestiaux pour faire de la place, le pain immangeable, l'eau détestable * », et autres incommodités, qui eussent sans doute rebuté une moins intrépide voyageuse. Mais elle ne s'en inquiétait guère ! Quand elle était dans les mauvais chemins, elle se disait que « d'autres y avaient passé avant elle » , et cette pensée suffisait à lui donner du courage. « Et puis surtout, dit-elle, j'avais un objet, et cet objet me faisait oublier chaque jour celui qui avait précédé ; je ne sentais jamais que le mal du moment, et encore je le sentais peu. »

Cette traversée parmi des régions encore barbares dura dix longues journées. Partie de Vienne le vendredi i3 juin au matin, ce fut seulement le dimanche 22, à cinq heures du soir, que madame GeofTrin atteignit cette terre promise, gagnée au prix de tant de fatigues, objet de si brillantes espérances. Les premières semaines du séjour à Varsovie furent un continuel et parfait ravissement. Voici en quels termes, le surlendemain de son arrivée, elle décrit à sa fille l'accueil du roi de Pologne et la place qu'elle occupe à sa cour.

Page 1