‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 123 sur 221 · I. Lettre à madame Necker, ii juillet · texte numérisé non relu

I. Lettre à madame Necker, ii juillet

aGi LE ROYAUME DE LA RUE S AI N T-lIO N ORÉ ,

« Varsovie, 24 juin 17G6.

)) Je suis arrivée ici le 22, sur les cinq heures du soir. Il y a eu un mois le 21 que je suis sortie de Paris, et j'ai vu et fait bien des choses depuis ce temps-là ! J'ai accompli ce voyage dans la plus parfaite santé ; le changement d'air ni les différentes eaux ne m'ont rien fait ; je suis arrivée à Varsovie comme si j'étais sortie de mon fauteuil. J'ai été très heureuse et très amusée à Vienne ; mais ici je suis dans le délice !

» J'ai été reçue avec des transports de joie et de reconnaissance de la part du Roi, que je ne puis rendre. Je ne parle pas de ce qui pouvait flatter mon amour-propre, je ne suis occupée que de ce qui touche mon cœur ; et il ne lui reste rien à désirer de celui du Roi.

» Ce Roi est charmant ! Il est adoré de tout ce qui l'environne. Je suis logée magnifiquement et très commodément, de plain-pied à l'appartement du Roi. J'ai une cour brillante, des seigneurs vieux et jeunes, toute la maison du Roi à mes ordres. Les dames aussi me traitent fort bien.

» Que me manque-t-il donc? Allons, saule, marquis !

» J'espère, belle marquise, que vous voudrez bien prendre part à mes succès. Comme je n'ai pas un

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moment à moi, en me levant cependant tous les jours à cinq heures du matin, je ne pourrai pas écrire pour le plaisir d'écrire. Ainsi je vous prie de faire dire de mes nouvelles à tous mes amis, en les assurant, comme cela est vrai, qu'ils sont toujours présents à mon esprit, et que je les sens dans mon cœur.

» Je ne vous en dirai pas plus long, madame ma belle marquise, parce que malheureusement tout le monde se lève aussi matin que moi, et qu'à huit heures ma chambre est pleine ^ . »

Quelques jours plus tard, elle revient sur le même sujet, et trace de son arrivée au palais un assez pittoresque tableau :

« ... Si on a parlé de mon voyage à Paris, je vous assure qu'on en a encore plus parlé à Vienne. Toutes les dames me disaient qu'il n'y aurait rien qu'elles ne donnassent pour voir le premier instant de mon entrevue avec le Roi. Elles auraient été satisfaites.

» Quand j'ai vu le Roi au bas de son degré, criant : « Voilà maman ! » et me saisissant entre ses bras, le battement de cœur m'a pris si fort, et le tremblement dans les jambes, que je serais tombée si le Roi ne m'avait soutenue. Vous allez croire que la tète me tourne, mais non, elle ne me tourne pas. Je sens vivement ce que je sens, mais cela ne change rien

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