‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 124 sur 221 · I . Archives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

I . Archives de la famille d'Estampes

à mon plan. Quelques tentatives que l'on ait déjà faites, je quitte Varsovie le i" septembre, et je serai à Paris le i5 octobre*. »

Pendant les premiers temps de son séjour, les lettresde madame Geoffrin à sa fdle se suivent avec une régularité dont elle n'est guère coutumière. On devine à les lire qu'elle est réellement heureuse, qu'elle se plaît a. épancher sa joie au dehors, et peut-être aussi qu'elle tient à justifier après coup, par le récit de ses succès, sa détermination d'aller chercher si loin les hommages du « plus charmant des rois ». Voici encore deux lettres, dont le ton de gaîté soutenue révèle un contentement sans mélange :

« Varsovie, 3o juin 2.

« Ne voilà-t-il pas que j'ai reçu ici un placet de votre galérien qui m'a coûté neuf francs de port ! Il signe : a Louis- Léopold-Casimir-Gésar de Barbeine, natif de Détain en Lorraine, sur les galères du Roi à Brest. » Ordonnez chez moi que l'on ne m'envoie que les lettres de mes amis, et que, quand on verra de gros paquets, on les garde. Non seulement je paye le port des lettres que je reçois, mais il faut encore payer le port de celles que j'écris, jusqu'à la

I. Lettre à la marquise de la Ferté-Imbault. (Archives de la famille d'Estampes.) 3. Ibidem.

frontière de France. Je ne regrelle pas l'argent quand je pave des lettres qui me font plaisir, mais neuf francs pour un mémoire de galérien, cela est un peu amer! » ... Je jouis ici de toutes les satisfactions possibles pour mon amour-propre et pour mon cœur. Comme ma modestie ne me permettrait pas de dire moi-même à quel point sont mes succès dans tous les genres, je ferai à mon retour à Paris comme dans les grands romans de chevalerie ; je prendrai un écuyer pour les raconter. Avant mon départ de Paris, on avait voulu me faire peur des oncles du Roi : je suis comblée, accablée de leurs attentions, de leurs soins, et même de leurs marques d'amitié ; ils ont en moi la confiance la plus parfaite sur toutes les choses les plus intéressantes. Je suis aussi à mon aise avec tout ce qu'il y a de plus considérable, que je le suis au coin de mon feu avec mes amis les plus familiers. Et il y a ici de très grands seigneurs et des gens debeaucoup d'esprit. Il y a entre autres le palatin de Russie*, oncle du Roi et père de la princesse Lubomirska que vous avez vue à Paris, qui est un homme du plus grand mérite, et qui a la représentation d'un souverain. Il possède des richesses énormes. Il a un fils charmant, que l'on nomme le prince Adam", qui

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