‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 125 sur 221 · Prince Czartoryski · texte numérisé non relu

Prince Czartoryski

2. C'est ce prince Adam Czartoryski, qui, dans les lettres du Roi à madame Geoffrin, est désigné sous le pseudonyme d'Alci~ biade.

a de l'esprit comme un ange el est plein de grâce. Je le caresse toute la journée à mon plaisir, et je le gronde aussi,

» Je m'arracherai de ce palais d'Armide le i^'' septembre... Je crois bien que personne ne fera dire au Burigny des biirineltcs comme moi ! Qu'il ne m'écrive pas ; je sais d'avance tout ce qu'il me dirait, et je ne l'aimerais ni plus ni moins.

)) Adieu, belle marquise, dont les beaux yeux me font mourir d'amour. »

« 8 juillet.

»... Il est très vrai que les voyages sont très sains. J'en suis une preuve. Je me porte parfaitement bien, et je reçois sans cesse, des hommes comme des dames, des compliments d'admiration sur mon teint, comme si je n'avais que quinze ans ! Je vis ici comme à Paris. Je me lève tous les jours à cinq heures ; je bois mes deux grands gobelets d'eau chaude; je prends mon café; j'écris quand je suis seule, ce qui est rare ; je me coiffe en compagnie ; je dîne tous les jours avec le Roi, chez lui, ou chez les seigneurs avec lui. Je fais des visites les après-dînées ; je vais au spectacle, je rentre chez moi à dix heures; je bois mon eau chaude, et je me couche. Et le lendemain matin, je recommence la même chose. Je mange si peu à ces grands dîners que je suis souvent

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obligée de boire un troisième verre d'eau pour apaiser ma faim. Je dois à la sévérité de €c régime ma bonne sanlé; j'y serai fidèle jusqu'à la fin de ma vie * . »

Les u attentions » si flatteuses dont madame Geoffrin se glorifie dans ses lettres, l'éclat vraiment inouï des honneurs rendus à celle « très petite particulière », comme elle s'intitule elle-même, par les sou> erains des deux royaumes auxquels elle rend visite, ne pouvaient manquer de frapper l'imagination publique ; et, parmi les habitués du salon de la rue Saint-Honoré, quelques-uns, éblouis de cet accueil triomphal, en tirent des conséquences singulièrement exagérées. Non contents d'admirer l'amie dévouée et courageuse qui, en dépit de son âge et des fatigues du chemin, s'en va « au bout du monde jouir de la familiarité d'un grand roi » , ils veulent voir en elle une sorte d'apôtre de la civilisation et de la tolérance, un ambassadeur chargé de je ne sais quelle mission extraordinaire pour le service de l'humanité. Marmontel se distingue entre autres par son exaltation, et la lettre qu'il adresse à Varsovie, dans le courant de juillet, attribue au voyage de madame Geoffrin, en termes bizarrement ampoulés, les résultats les plus improbables : elle va réaliser le plan de l'abbé de Saint-Pierre pour

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