Lettre de Montesquieu, janvier
Geoflrin maintint son dire, et l'entretien se termina sur un ton assez vif. Montesquieu affirme qu'à la suite de cette scène, son intention était de rompre ouvertement avec madame Geoffrin; mais il n'en eut pas le loisir : déjà malade et fort afTaibli à ce moment, il mourut très peu de jours après ', et l'on put croire celte petite querelle définitivement enterrée avec lui.
Ce dénouement n'eut pas fait le compte de Guasco. Le chanoine de Tournai, qui avait la mémoire longue et la rancune opiniâtre, tenait à sa vengeance, et il la rumina patiemment pendant de longues années. Il choisit enfin, pour la réaliser, l'instant où le nom de son ennemie retentissait avec éclat dans l'Europe entière. Au mois d'octobre 1767, parut à Florence un petit recueil, de modeste apparence, intitulé Lettres familières du président de Montesquieu, ouvrage orné de nombreuses notes, dont l'auteur gardait l'anonyme ^. Ces lettres, presque toutes adressées à Guasco luimême, traitent en général d'affaires privées, et n'offrent qu'un intérêt médiocre. Le style un peu froid et apprêté de Montesquieu ne se prêtait guère, au reste, à l'abandon aisé qui convient au genre épistolaire ; il le proclamait lui-même dans un entretien confidentiel