‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 133 sur 221 · Madame Vigée-Lebrun, Mémoires · texte numérisé non relu

Madame Vigée-Lebrun, Mémoires

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vcrlu d'une femme doiil elle a comiu jadis la jeunesse orageuse? Elle affecte d'abord de garder le silence, puis, lorsqu'on l'interpelle : « Je me lais, ditelle, parce que je l'ai vue poire. Je suis comme ce paysan qui ne pouvait se résoudre à faire sa prière au pied de l'image d'un saint, dont le bois portait des poires peu de temps auparavant. » Vante-t-on la magnificence du nouvel hôtel de Bourret, l'opulent fermier général? « Je n'y trouverais rien h redire, s'écrie-t-elle, si seulement Bourret en était le frotteur I »

L'aimable duc de ÎS'ivernais lui-même, la coqueluche des belles dames de son temps, n'échappe pas à sa malignité : « C'est un guerrier manqué, ditelle, ambassadeur manqué, auteur manqué; bref, il est manqué de partout, n Elle possède à un haut degré le sens du comique, saisit à première vue le ridicule des gens ou des choses, et le fixe d'un crayon qui manque rarement la ressemblance ; soit que sa verve s'exerce aux dépens de ce pauvre chevalier de Saint-Étienne, qui passe pour un grand savant « parce qu'il a fait naufrage dans les sciences occultes », et qui, huve, émacié, piteux, a pris la figure des spectres qu'il prétend évoquer ; soit qu'elle scandalise Horace Walpole en dépeignant d'un trait burlesque les empressements excessifs de sa belle-sœur, la célèbre lady Orford, qui, du fond de l'Orient, est accourue chez elle exprès pour lui rendre hommage, et, dès qu'elle

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l'aperçoit, « la baise en long et en large avec la ferveur d'un pèlerin ^ »

C'est a l'une de ces aimables réunions du soir qu'eut lieu l'amusant colloque, rapporté par La Harpe, entre madame Geoffrin et l'abbé de Voisenon, ami intime du maréchal de Richelieu, et, comme ce dernier, grand amateur de galantes aventures. Elle voulait à toutes forces le garder à souper ; il refusait non moins obstinément.

— J'ai des affaires indispensables, dit-il enfm.

— Des affaires! Vous! C'est donc un rendez-vous ?

— Peut-être.

— Oh! bien, l'abbé, vous n'irez pas. Je suis trop votre amie pour le souffrir; votre santé... allons, vous n'irez pas.

Il hésite un moment :

— Mais, objecte-t-il, j'ai promis; il faut donc que j'écrive.

— Oui, sans doute, écrivez.

On apporte plume et papier ; mais il demeure embarrassé, comme un homme qui ne sait ce qu'il doit faire.

— Eh bien! pourquoi n'écrivez-vous pas?

Il hésite encore ; enfin, prenant sa résolution :

— Ce n'est pas la peine que j'écrive, dit-il, je m'étais bien douté qu'il ne me serait guère possible d'aller à ce rendez-vous, et ma lellre est écrite.

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