I. Horace Walpolc, General Correspomlence
LE nOYAUME DK LV RUE S A I N T - IIO NO U É . 3o5
Et, ce disant, il tire la lettre de sa poche, et l'envoie sur-le-champ, au milieu des rires de toute l'assistance *.
En dépit de ces anecdotes et des mots que j'ai cités plus haut, ce qui distingue madame GeoITrin de la
I. Correspondance littéraire de La Harpe. — Pour ne rien omettre au tableau des relations de madame GeofTrin avec les gens du grand monde, il convient d'ajouter que, malgré cette science du savoir-vivre et ce sentiment de la bienséance que lui reconnaissaient ses contemporains, et au milieu de la considération générale dont elle était entourée, elle eut parfois quelques rebuffades à subir de la part de certaines femmes de qualité, qui ne pouvaient lui pardonner l'obscurité de sa naissance. Citons-en pour exemple cette anecdote, assez méchamment racontée par Collé : « Madame GeofTrin va voir un matin la duchesse de Chevreuse. Elle était à sa toilette, environnée de marchands, de marchandes, de fournisseurs de tous genres, qui étaient debout. Madame GeofTrin salue madame de Ciievreuse, à peine même s'en donne-t-elle le temps, ne regarde personne, tire elle-même un fauteuil, s'assied, et entame l'affaire pour laquelle elle était venue. Madame la comtesse de Guiche, qui court les rues à pied le malin, et qui est toujours très mal vêtue pour faire ses courses, se trouva par hasard confondue dans la foule de toutes les personnes qui étaient là; cette femme de qualité, choquée avec raison de l'impertinente aisance de la bourgeoise, tire par la manche une des femmes de madame de Chevreuse, et lui fait une profonde révérence. La chambrière, en riant, rend sur-lechamp la révérence à la comtesse de Guiche, qui lui dit : « Ah ! tu salues les gens, toi, Adélaïde ! Tu es polie. C'est que tu as reçu de l'éducation, tu as été bien élevée. » On s'imagine bien quel dut être l'embarras de madame GeofTrin, quand elle jeta les yeux sur madame de Guiche, et quel put être le reste de cette scène. » (^Journal de Collé, novembre 1767.)
plupart des autres femmes d'esprit de son temps, c'est que, malgré une pointe d'humeur moqueuse, elle n'était pas méchante; et c'est aussi — chose encore plus rare — que, nonobstant sa verdeur de langage, elle n'était aucunement « indécente » ; ce dernier témoignage émane de madame Necker, que l'on peut croire sur parole. « Elle parlait de la galanterie sur le ton simple de la Bible » ; et la franchise même de ses expressions révélait clairement (( qu'elle n'avait jamais eu rien à démêler avec les passions des hommes * ». L'amour, suivant elle, ne devait être qu'un « sentitiment de passage », tolérable à peine dans la première jeunesse, comme un simple acheminement vers la pure amitié, seule digne d'occuper un cœur bien placé, seule capable d'assurer une vieillesse respectable. C'est la morale qu'elle enseignait aux a jeunes dames de vingt ans » qui s'empressaient à ses petits soupers. Celles-ci la remerciaient de ses conseils, applaudissaient à ses discours, et n'en faisaient ni plus ni moins. Mais cet échec prévu ne la rebutait pas ; et elle se bornait à dire en souriant qu'elle croyait peu à l'efficacité des sermons, ayant prêché toute sa vie et n'ayant jamais converti personne.
I, Madame Necker, Mélanges.