‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 138 sur 221 · I. Morellet, Mémoires · texte numérisé non relu

I. Morellet, Mémoires

LE ROYAUME DE LA RUE S A I N T - UO N O K É . 3l5

les pierreries les plus rares et les plus grossières scories, effrayaient l'âme tranquille, méthodique et pondérée de la prudente bourgeoise. Les jugements qu'elle a portés sur lui sont généralement empreints de sévérité, sinon de malveillance. (( C'est un honnête homme, disait-elle, mais il a la tcte mauvaise ; et il est si mal organisé, qu'il ne voit ni n'entend rien comme cela est ; il est toujours comme un homme qui rêve, et qui croit tout ce qu'il a rêvé '. » Ailleurs, tout en lui reconnaissant « beaucoup d'esprit », elle estime qu'il ne sera jamais « bon à rien », et, pis encore, qu'il serait « fort dangereux dans quelque emploi qu'il fût ». Mais, au fond, ce qu'elle lui pardonne moins que ses écrits licencieux et ses idées subversives, c'est l'extrême vulgarité de ses manières, et « son ignorance absolue de tous les usages du monde ».

Sur ce point, il faut l'avouer, les critiques qu'elle lui adresse n'ont rien d'exagéré. Le laisser-aller du pliilosophe dépassait parfois toute mesure. Lors du voyage qu'il fit à Pétersbourg, en 1778, il mit à une rude épreuve la patience de Catherine II, qui l'avait convié à celte visite. « Votre Diderot est un homme bien extraordinaire ! — écrit l'Impératrice à madame GeolTrin, dans une lettre citée par le comte d'Escherny — Je ne me tire pas de mes entretiens avec

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