‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 139 sur 221 · I. Lettre du 8 mai i77'i, au roi de Pologne · texte numérisé non relu

I. Lettre du 8 mai i77'i, au roi de Pologne

3l6 LE ROYAUME DE LA RUE S A I NT-HO NORÉ .

lui sans avoir les cuisses meurtries et toutes noires. J'ai été obligée de placer une table entre lui et moi, pour me mettre, moi et mes membres, à l'abri de sa gesticulation. » L'abbé Galiani, dans une lettre à Thomas, renchérit encore sur « la conduite épouvantable » de Diderot à l'égard de la Tsarine, à laquelle il a osé « jeter sa perruque au nez, pincer le genou )), et autres incongruités de même force. « Il n'a fait aucune conquête, excepté celle de l'Impératice, écrit Grimm^ à la suite de faits analogues. Mais tout le monde n'a pas la tête de cette grande femme, et n'est pas accoutumé comme elle au génie et à ses étrangetés. » La despotique bourgeoise de la rue Saint-Honoré avait l'humeur moins endurante que la souveraine de toutes les Russies ; aussi ne voulut-elle jamais recevoir Diderot dans son salon, moins encore, comme on pense, l'admettre à ses dîners. Il est vrai qu'il s'y fût montré un convive incommode, si l'on en croit l'assertion d'un de ses contemporains ^, qui lui attribue l'habitude de « s'emparer à table des bras de ses deux voisins », et de continuer à pérorer sans trêve, « tout en mangeant lui-même du plus grand appétit »,

Avec son franc-parler habituel, madame Geoffrin ne cachait guère à Diderot le peu de goût qu'elle avait

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