I. Souvenirs de madame de la Ferlé-Iml)auU
paisible de son ménage, et il se félicitait chaque jour qu'une femme aussi jeune que la sienne — bien qu'il jugeât parfois sa dc\otion « un peu follette » — fùl assez raisonnable pour renoncer d'elle-même et sans murmure à tous les plaisirs de son âge ^ L'habitude prise pendant plus de dix années l'avait rendu exigeant, et, quand il fallut déchanter, le mécontentement qu'il éprouva s'aggrava de sa déception. Aussi, dès les premiers symptômes, se mit-il en frais d'éloquence pour détourner son épouse d'une société qu'il consldérail comme pernicieuse à tous égards, et dont il lui démontrait vainement chaque jour « le défaut de vertu, l'orgueil et le peu d'amitié ». Puis, de la persuasion il passa à des arguments plus décisifs, et, pour la première fois de sa vie, essaya la puissance de l'autorité maritale. Mais tout fut inutile, et le bonhomme apprit alors à connaître la force de volonté de celle qu'il s'était donnée pour compagne. Madame Geoffrin, « qui se sentait enfui dans son véritable élément », tint tête à son mari « avec tant de constance, et même de violence, que, comme au bout du compte il aimait la paix plus que toute autre chose », il prit, de guerre lasse, le parti de se soumettre et de la laisser vivre à sa guise.
Mais il n'était pas au bout de ses peines, et l'ambition toujours croissante de sa femme lui ménageait