Madame du Deffand ne se levait qu'à six heures du soir
2. Je rapporte ici, à titre de curiosité, la version peu bienveillante que madame de la Ferté-Imbault, d'après les racontars de l'époque, donne de cette séparation : « Madame du Deffand disait tout bas à l'oreille qu'elle était trop heureuse que la Les-
OÙ elle avait vécu dix ans, mademoiselle de Lespinasse entraîna à sa suite une partie de la société de madame du Deffand, et au premier rang d'Alembert, cause première de la brouille. Elle se réfugia dans un modeste appartement de la rue Saint-Dominique*, loué par la cotisation de quelques amis. Mais il fallait y vivre, et les ressources étaient fort restreintes. C'est alors que d'Alembert songea à sa vieille amie madame Geoffrin, dont il avait éprouvé déjà pour son compte l'intarissable générosité^. Il alla aussitôt la trouver, et la conjura, dans cette querelle qui divisait la coterie littéraire de l'époque, de prendre parti pour mademoiselle de Lespinasse contre l'injuste marquise.
Il n'eut guère de peine à réussir dans son ambassade.
pinasse l'ait quittée, tambour-battant, mèche allumée ; que c'était une fort mauvaise tête qui avait pris chez elle une passion effrénée pour un Anglais ; et que, comme elle avait voulu la morigéner, et la faire tenir dans sa chambre quand l'Anglais était chez elle, de fureur la demoiselle avait pris une telle dose d'opium, qu'elle en resterait infirme toute sa vie... Après le départ de M. de Mora, la Lespinasse se fit gloire de son désespoir, et elle fit beaucoup souffrir d'Alembert, parce que, sa mauvaise sauté l'obligeant de dîner à une heure et demie tout seul et très sobrement, elle exigeait de lui d'aller à la grande poste attendre les lettres de M. de Mora, pour les lui apporter sur-le-champ ; et on assure qu'il commençait à être bien las d'elle quand elle est morte... » (Souvenirs de madame de la Fcrté-Imbault.)