‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 154 sur 221 · I. Souvenirs de madame de la Ferté-Imbault · texte numérisé non relu

I. Souvenirs de madame de la Ferté-Imbault

madame Geoffrin et l'intéressant (( ménage. » Je me sers de ce terme à dessein, car, peu après l'éclat provoqué par madame du Deffand, d'Alembert, à peine remis d'une grave maladie où Julie de Lespinasse lui servit de garde-malade, vint s'installer avec elle dans le petit logement de la rue Saint-Dominique, dont il lui sous-loua la moitié ; et telle était alors la largeur des idées courantes, que « la considération dont jouissait mademoiselle de Lespinasse, loin de souffrir aucune atteinte de cette habitation commune, n'en fut que plus honorablement et plus hautement établie ' >). Admise par privilège spécial, et seule de son sexe, aux dîners du mercredi, elle s'y fit vite une place à part. Sans coquetterie et sans beauté ( son visage, autrefois agréable, avait été gâté de bonne heure par la petite vérole), elle tenait l'assistance entière sous le charme de son esprit alerte, pénétrant, plein de tact et de goût, habile à discerner le fort et le faible de toute chose et à se mettre au niveau de chacun. Par un surprenant contraste, cette mesure si parfaite s'alliait à l'imagination la plus ardente, à une chaleur d'âme, qui se communiquait à ceux qui l'écoutaient, et ajoutait à ses moindres paroles « un inexprimable intérêt». Elle savait, assure Grimm, réunir les genres d'esprit les plus différents, quelquefois même les plus opposés : « 11 n'était rien qui ne parût à sa portée,

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