‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 157 sur 221 · décembre 1770. — Archives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

décembre 1770. — Archives de la famille d'Estampes

dû VOUS dire. J'espère qu'elles me justifieront près de vous et près du baron.

)) J'ai soixante et onze ans. Les nouvelles connaissances fatiguent beaucoup ma tcte; j'oublie les noms, les titres, les qualités ; je fais des quiproquos qui me font sentir trop souvent ma fin prochaine. De plus, quand messieurs les étrangers ne font que passer, il ne m'en reste que des idées confuses. S'ils séjournent assez longtemps pour les bien connaître, s'ils sont aimables, je m'attache, et leur départ m'afflige. A mon âge, l'affliction morale fait un mal physique. Je l'ai éprouvé et senti, lorsque le jeune et aimable prince d'Anhalt nous a quittés. Le baron de Wreech m'en parlerait, et renouvellerait en moi un sentiment que je veux laisser éteindre. Vous m'avez dit, mon cher Grimm, que le baron était très aimable et rempli de mérite. C'est une raison de plus pour me fortifier dans ma résolution de ne plus faire de nouvelles connaissances, ni étrangers, ni même dans nos concitoyens. La barrière est fermée !

» Tenez-vous donc heureux, mon cher Grimm, vous qui avez de l'amitié pour moi, d'être en deçà de la barrière. Vous êtes au nombre de mes anciens amis. Votre date est gravée dans mon cœur. »

En même lemps que l'ambition s'en va, son optimisme l'abandonne. Pour la première fois, elle s'affecte sérieusement de la tournure dangereuse que

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prennent les affaires publiques, envisage avec inquiétude et chagrin « le mauvais état des finances, la fermentation des plus belles provinces, le mécontentement du Parlement ». On trouve maintenant dans ses carnets de petites notes comme celle-ci : « La gueuse • est au couvent du Pont-aux-Dames, avec ordre de ne la laisser parler à personne. Le Roi a envoyé chercher hier M. de Maurepas, pour être ministre sans département. Il donnera des conseils ; c'est bien ce dont le Roi a besoin ! » Quand le ministère Turgot suscite les espérances de tout le parti encyclopédiste, elle refuse de s'associer à l'enthousiasme de son entourage, et se montre sceptique à l'endroit des réformes annoncées : « Dans ce moment-ci, on détruit ; il faut voir ce qu'on rétablira sur les ruines. Jeune, on se flatte ; vieille, on attend. » Enfin, elle s'occupe activement de a ses préparatifs de départ, comme elle a fait ses paquets pour le voyage de Pologne » ; et, dans ce règlement général de ses affaires, auquel elle procède avec sa méthode ordinaire, elle n'a garde d'oublier la question religieuse.

C'est un problème difficile à résoudre que le sentiment exact de madame Geoffrin sur le chapitre de la religion. Ses contemporains ne paraissent pas très fixés sur ce point ; et cette indécision vient peut-être de ce qu'elle-même, pendant de longues années,

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