LE II O Y AU. ME DE L\ RLE S A I N T- II O N O UÉ
piquant portrait, nous la montre allant clandestinement à la messe, « comme on va en bonne fortune », et possédant une tribune à la chapelle des capucins, « avec autant de mystère que les femmes galantes de ce temps avaient des petites maisons », il faut se garder de l'en croire sur parole; et le sceptique narrateur n'est pas plus équitable, en attribuant cette conduite au désir inavoué « de se mettre bien avec le Ciel, sans être mal avec son monde ». Cette sorte d'hypocrisie n'était guère dans le caractère de madame Geoffrin; et la marquise de la Ferté-Imbault, d'accord en cela avec Grimm, est bien plus près de la vérité, lorsqu'elle nous parle de cet u amour de l'ordre et de la règle », de ce « respect des convenances établies », qui lui faisaient observer les lois de l'Église, comme des coutumes anciennes où la bienséance était intéressée.
Ce qui prouve bien, au reste, qu'elle n'avait pas là-dessus de fausse honte, c'est le soin qu'elle mettait à obtenir de ses amis qu'ils évitassent, eux aussi, toute apparence de ce scandale public, dont elle avait horreur. S'il lui déplaisait fort qu'on se fît mettre à la Bastille, elle n'aimait pas davantage qu'on mourût sans confession; et lorsque d'aventure quelque récalcitrant « s'avisait de faire le mutin, elle se chargeait de le réduire ' », et en venait presque toujours à bout.