I. La Harpe, Correspondance
Elle tenait en réserve, pour remplir cet office, un capucin « fort accommodant, » dit La Harpe, qu'elle dépéchait au moment voulu, et dont on disait des merveilles ^ Les cas sont nombreux où elle remporta ainsi des succès, d'autant plus méritoires qu'ils étaient souvent moins aisés. Nous en avons vu un exemple avec Fontenelle, qu'elle fit confesser pour la première fois de sa vie dans sa centième année. Elle renouvela ce tour de force avec le vieux Mairan, qu'elle fit rentrer au moment de sa mort dans le giron de l'Eglise, et qui l'en remercia fort ; car, depuis quatre-vingttreize ans qu'il était au monde, « ne s'étant jamais piqué de confession ni de communion », il eût été, lui dit-il, « fort embarrassé de savoir comment s'y prendre. » Elle fut, en revanche, moins heureuse avec Saurin, qui eut quelque temps un logement chez elle. Pendant une dangereuse maladie qu'il fit à cette
I. Le zèle de madame GcoiTria à cet égard avait gagné les gens de sa maison, s'il faut en croire La Harpe, qui rapporte l'anecdote suivante : (( Une de ses femmes de chambre avait un beau-frère mourant, qui ne voulait pas se confesser : « Ah! j'irai, dit cette femme, et je lui parlerai de manière qu'il faudra bien qu'il se confesse! » Elle y va, en effet, et à son retour, madame Geoffrin lui demande des nouvelles du succès de sa mission, et si le malade s'est rendu à ses raisons : « Vraiment oui, madame, il a bien fallu. — Et comment avez-vous fait? — Madame, je me suis approchée de son lit, et je lui ai dit comme ça : Eh bien, qu'est-ce que c'est donc? Et pourquoi donc? Et comment donc?... Madame, il a tout de suite demandé un confesseur! » (La Harpe, Correspondanre.)
époque, il refusa obslinément de recevoir curé ni capucin. Elle ne l'en soigna pas moins de son mieux, et réussit à le sauver ; mais, dès qu'il fut guéri. « elle l'engagea, sans brouilleric, à s'en aller loger ailleurs ' ». Si l'on prétendait rester l'hôte de sa maison, il fallait se garder de manquer à la règle.
C'est à ces pratiques de correction mondaine que se réduisit longtemps la dévotion de madame Geoflfrin. Mais il semble que le déclin de sa santé et l'approche visible de la mort aient éveillé en elle des préoccupations plus sérieuses. Dans les dernières années, assure Gleichen, elle avait pris l'habitude de se retirer de temps à autre dans un cloître, ^ pour y faire une sorte de retraite; et lorsque vint le Jubilé de 1776, elle en suivit tous les exercices avec une ferveur inaccoutumée ^.
Ce Jubilé universel avait commencé le 11 mars. Il fut célébré à Paris au milieu d'une telle affluence de