‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 167 sur 221 · Madame Nccker, Lcllni à (îrinim · texte numérisé non relu

Madame Nccker, Lcllni à (îrinim

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mullipliant tle mille manières pour remplacer de son mieux ceux qu'elle avait exclus. Elle s'avisa même, \crs la fin, d'un singulier stratagème, qu'elle confesse en ces termes : « Ayant toute sa vie été très entourée, ma mère tenait h voir sa chambre toujours remplie de monde. Aussi, dans les derniers temps, comme elle avait la vue fort affaiblie, j'imaginai, pour satisfaire ce caprice, de réunir au fond de la pièce les domestiques de confiance avec les femmes de chambre, et de les faire jouer au piquet comme s'ils eussent été de la compagnie.» Triste consolation à coup sûr pour une femme qui, pendant les deux tiers de son existence, avait vu autour d'elle, attentifs à sa parole et dociles à ses conseils, les plus éminents représentants de l'art et de la littérature, les chefs les plus réputés de la philosophie nouvelle, les hommes d'État les plus illustres, les princes, les cardinaux, les ambassadeurs et les Rois !

Madame GeofFrin néanmoins, sur ce lit de douleur où le mal la tenait clouée, n'était pas aussi abandonnée que pourrait le donner à croire le trait qu'on vient de lire. Pendant les premiers mois surtout, quelques amis fidèles, de ceux que la proscription avait épargnés, venaient chaque jour lui faire visite, lui rendre l'illusion de ce salon qui avait été la gloire et la joie de sa vie. « Sa faiblesse, dit la Correspondance littéraire, ne lui permet plus de suivre une longue conversation ; mais elle cause encore souvent avec beaucoup d'agré-

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ment ; son esprit même semble quelquefois n'avoir rien perdu de cette finesse qui lui était propre. On parlait l'autre jour chez elle de la simplicité du caractère, (( Tant de gens l'afTectent, dit-elle, mais M. de Maleslierbes, voilà un homme simplement simple. » Ses amis de l'étranger ne se montrent pas moins sensibles que ceux de Paris à sa triste situation. On s'informe de ses nouvelles dans toutes les capitales, non seulement à Vienne, à Varsovie, où elle a fait quelque séjour, mais dans les villes mêmes où l'on ne connaît d'elle que sa grande renommée. Pétersbourg notamment se distingue par l'émotion qui y règne : Grimm vient d'y arriver, et il est assiégé de demandes sur la santé de sa célèbre amie. A chaque courrier qu'il reçoit de Paris, accourent chez lui les Romanzoff, puis le général Betzki, puis (( une infinité de personnes, écrit-il à madame GeolTrin *, que vous n'avez jamais vues ou que vous avez oubliées, et qui n'en veulent pas moins être instruites de votre état ; de sorte que, si monsieur Champagne ^ voulait satisfaire toutes les personnes de Pétersbourg seulement, la journée ne serait pas assez longue. »

L'Impératrice elle-même semble mettre de côté ses

1. Lettre du aS avril 1777 (Arcliives delà famille d'Estampes.) Voir à l'Appendice, pages 470-488 la correspondance inédite de Grimm a^cc madame GeoflViu et madame de la l'erté-Imbault pendant cette période.

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