‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 20 sur 221 · I. Marmontcl, Mémoires · texte numérisé non relu

I. Marmontcl, Mémoires

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nelle, à un petit arbre tout rond, qui a des branches de tous côtés. Je me mêle un peu de tout ; je sais un peu de tout. » Cela est vrai, sans doute ; mais son plus grand art consiste à ne parler jamais que de ce qu'elle connaît bien, et, sur tout le reste, à faire parler les autres, en choisissant pour chacun le terrain qui lui convient le mieux ; et elle mérite ainsi le compliment que lui fit le bon abbé de Saint-Pierre, qui, ennuyeux partout ailleurs, avait paru brillant chez elle : « Je ne suis, madame, qu'un instrument dont vous avez bien joué. »

A tous les noms illustres que je viens de citer, j'aurais pu ajouter celui qui les surpassa tous en éclat et en renommée : Voltaire, en effet, dans cette première période du salon de la rue Saint-Honoré, s'y montra à plusieurs reprises. jNIais ses apparitions furent rares et courtes, et il ne fut à aucun moment des intimes de madame Geoffrin. Peut-être ne rencontra-l-il pas chez elle l'adulation aveugle et constante, dont sa clientèle ordinaire lui avait donné l'habitude, et qu'il commençait dès lors à considérer comme un droit. Le fait est que madame Geoffrin, sans méconnaître, comme elle dit, « son prodigieux esprit et l'étendue de ses talents », n'éprouva jamais qu'une sympathie médiocre pour la personne de Voltaire, dont le caractère vindicatif et le défaut d'équilibre répugnaient à sa nature essentiellement tempérée. Lorsqu'il fut question de lui ériger, de son vivant, une statue, elle refusa de sous-

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