‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 22 sur 221 · Lettre au roi de Pologne · texte numérisé non relu

Lettre au roi de Pologne

2. Un bureau d'esprit au xriil^ siède, par Tornézy. « La pièce a des beautés, ajoute madame GeofTrin, mais pas le sens commun, comme tout ce que fait Voltaire. »

3. Madame du Boccage (i 710-1802) tint quelque temps à Paris un salon rivât de celui de madame GeofTrin.

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ne donncra-l-ellc rien? » Somme loulc, rien de bien grave dans celte guerre à coups d'épingle, qui prit fin d'une manière honorable pour tous deux, à la suite d'un assez bizarre incident . L'occasion fut le testatament de Fonlenclle, qui avait institué madame Geoffrin sa légataire universelle. L'avantage était mince, car il se réduisait à transmettre tout l'héritage a quelques parents désignés, sans en garder un sol pour soi-même ; mais il se trouva que Fontenelle, neveu de Corneille, avait oublié dans la distribution de ses biens un certain François Corneille, personnage peu intéressant du reste, mais parent du grand tragique, lequel se prétendit spolié, intenta à madame Geolîrin un procès en reslilulion d'héritage, et publia contre elle un mémoire fort injurieux, qui se répandit dans Paris et fit quelque tapage. On pouvait craindre que Voltaire, protecteur déclaré de la fille du réclamant, mademoiselle Marie Corneille, ne prît fait et cause avec sa fougue ordinaire contre l'exécutrice des volontés de Fontenelle. Il n'en fut rien : le poète, devant l'injustice de l'attaque, se prononça hautement contre François Corneille, son (( ridicule faclum » et son « impertinent procès », et proclama que le bon droit était du côté de madame Geoffrin. Pour ne pas demeurer en reste, celle-ci, le procès gagné, s'empressa de s'inscrire pour une forte somme dans la souscription ouverte par Voltaire en faveur de Marie Corneille; et ce fut pendant quclijue tenq)s, entre les adver-

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saires réconciliés, un échange de propos aimables cl de congralulalions réciproques'.

Il en fui lout aulrcmcnt avec Montesquieu, dont les relations avec madame GcofTrin suivirent une marche entièrement opposée. Il était de ses plus anciens amis, avant A\it sa connaissance chez madame de Tcncin des l'année 1780, et il s'était pris pour elle d'un goût assez vil'. Lorsqu'elle manifesta le désir d'ouvrir à son tour un salon littéraire, il fut des plus empressés à encourager cette idée et à rehausser par sa présence les réunions naissantes de l'hôtel de la rue Saint-Honoré. Il contribua ainsi puissamment au succès de la nouvelle « colonie » ; car Montesquieu, sans être, au sens habituel du mot, un « causeur » spirituel et brillant, était doué d'une sorte d'éloquence qui, lorsqu'il s'échauffait, tenait l'auditoire sous le pouvoir de sa parole et produisait une impression profonde. Madame Geoffrin l'aimait et l'estimait beau-

I. «Je vous supplie, écrit Voltaire à ^lairan, de dire à madame GeofTrin combien mademoiselle Corneille et moi nous sommes touchés de son procédé généreux... Elle ne pouvait répondre plus noblement aux impertinences d'un factum ridicule, dont assurément mademoiselle Corneille n'est point complice.» (iG aoùl 1-61). — « Je ne la connais que par de belles actions, elle fut la première à souscrire en faveur de mademoiselle Corneille, dont le père lui avait fait un procès si impertinent ; elle ne se vengea que par des bienfaits. En vérité, voilà de ces choses qu'il faut que la postérité sache... » (Lettre à Marmontcl, 30 décembre 17GG.)

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coup ; et lui, de son côté, non content de célébrer le charme d'une femme aimable et d'un accueil hospitalier, faisait grand cas de son jugement et prenait volontiers ses avis. Aussi, lorscpi'il fit imprimer à Genève son illustre traité de Y Esprit des lois, madame Geoffrin fut-elle une des premières à qui échut l'honneur, fort envié, d'en tenir un exemplaire de la main de l'auteur. Elle prit aussitôt la plume et le remercia de l'envoi par la lettre suivante qui, toute gracieuse qu'elle fût, se trouva être la première cause du refroidissement de leur amitié :

« 12 janvier 17^9 ^•

(( Je ne vous sais aucun gré, mon cher président, de penser à moi au milieu de vos loups et de vos éperviers. Ce que vous avez de mieux à faire est de vous distraire de cette com2~>agnie. Mais c'est à vous de me remercier de ce que je veux bien interrompre une lecture délicieuse pour vous écrire. Celte lecture est un livre nouveau, dont il n'y a que fort peu d'exemplaires à Paris, que l'on s'arrache et que l'on dévore. Je ne veux pas vous en dire le titre, encore moins la matière qu'il traite ; je vous laisse le plaisir de le deviner. Je n'entreprendrai pas non plus de vous en faire l'analyse; cela est au-dessus de mes forces. Alais je vous dis simplement ce que "j'en pense.

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