Horace Walpolc, Correspondance
LK ROYAUME D K I, A H U F, S A I N T- Il ON O U É . /j I
un liard de peine pour vous, le dixième peut vous devenir un ami ulile. » Tout en rendant hommage à la prudence de ce précepte, madame Geofl'rin ne s'astreignit pas à le suivre à la lettre, et ne recueillit l'héritage de la marquise que sous bénéfice d'inventaire. Piron fut du nombre de ceux qui, sans être entièrement « rebutés », ne reçurent qu'à demi leurs entrées dans le nouveau cénacle. Les propos libres et la tenue débraillée du jovial Bourguignon n'étaient guère en harmonie avec le ton ordinaire du salon de la rue Saint-Honoré, et ses incartades lui alliraienl des sermons dont il se montrait fort vexé. « Je sors, écrit-il un jour '. d'un hùlcl de Rambouillet, où la dame du logis donne à dîner à tous les illustres parasites de nos trois académies... TSul n'a d'esprit là qu'elle et ses amis, du nombre desquels je n'ai pas, je crois, l'honneur d'clrc. Je ne figure en ce beau pays que comme une espèce de barbare ». Toutefois, les grondcries de l'une et les dépits de l'autre se terminaient en général par un raccommodement. Piron, ])Our rentrer en grâce, envoyait de petits vers louangeurs ; madame Geoffrin ripostait par de petits cadeaux : chocolat, sucre, café ou autre friandise ; et cet échange se continua pendant près de quarante ans, sans qu'il y eût jamais, de part ni d'autre, ni confiance ni sympathie véritable, comme le poète