I . Souvenirs de madame de la Fcrté-Imbanlt
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Fhonnctelé de son âme que pour son mérite * » ; Lagrenéc, Drouais, le sculpteur Bouchardon, le dessinateur Cochin, qu'elle « combla de bienfaits », et qui lui voua en récompense une filiale affection ^; le Père Paciaudi, intime ami de Caylus, bibliothécaire du duc de Parme et savant archéologue, qui passa une saison à Paris, fut pendant ce temps le commensal apprécié de celle qu'il appelait — ne pouvant retenir son nom — (( la dame des lundis, vis-à-vis les capucins ^, » et conserva de cet accueil une éternelle gratitude, \oici enfin, pour fermer la marche, le préféré de madame Geoffrin, l'élève de Boucher, le « bon » Carie Van-Loo, dont elle avait fait, a-t-on dit « son peintre attitré », l'un des seuls à qui elle rendit régulièrement ses visites, on allant chaque semaine le trouver dans son atelier, afin de surveiller ses ouvrages. Et c'était alors entre eux « des scènes à mourir de rire. Rarement d'accord sur les idées et la manière de les exécuter, on se brouillait, on se raccommodait, on riait, on pleurait, on se disait des injures, des douceurs; et c'est au milieu de toutes ces vicissitudes que le tableau s'avançait et
I. LeUrc de madame Geoffrin à Slanislas-Augustc Poniatowski. — Correspondance publiée par M. le comte de Moiiy.
3. Lettre de Cochin à madame do la Fcrté-Imbaull. — Archives de la famille d'Estampes,
3. C'est ainsi qu'il la nomme dans ses lettres à Caylus; une fuis ou deux, il essaye d'écrire son nom, qu'il défigure ainsi : (le Jeoffroin,
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s'achevait ^ » Celle collaboralion orageuse n'élait pas pour cela inféconde; et ce fut madame Geoffrin qui fournit à Yan-Loo le sujet et la composition de deux de ses plus célèbres toiles : La Conversation espagnole, et La Lecture, dont les personnages étaient tous des portraits, el où figure notamment la fille de madame GeofTrin, la marquise de la Ferlé-Imbault.
Il ne faudrait pas croire que des conseils judicieux, une réception cordiale, et quelques bons dîners, fussent les seules marques d'intérêt dont madame Geoffrirï gratifiât les artistes de son entourage. Elle savait également leur procurer des avantages d'un ordre plus positif; et la riche galerie de peinture dont elle para les murs de son hôtel ne comprenait pas moins de soixante - treize tableaux des meilleurs maîtres de l'époque, tous commandés par elle et « exécutés sous ses yeux », depuis 1760 jusqu'à 1770^. Elle les payait toujours comptant, et les payait fort cher, comme en témoignent les carnets que j'ai pu consulter et où, avec son esprit d'ordre accoutumé, elle consignait soigneusement tous les menus faits de son existence, depuis les gens qu'on lui présentait, jusqu'à ses dépenses de luxe et ses charités exceptionnelles ^.
1. Correspondance de Grimm. — Un bureau d'esprit au XYIll^ siècle, par Tornczy.
2. Note de la main de madame Gcoffrin. — Archives de la famiUe d'Estampes
3. Ces carnets, cpii appartiennent à M. le marquis d'Estampes, sont en nombre de sept, d'assez grande taille, reliés en maroquin
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On y lit des chitTres comme ceux-ci :
\iEN. — Quatre tableaux y>our
moiî cabinet G.ooo livres.
Vernet. — Une marine 2.400 —
Vax-Loo. — Trois tableaux pour
ma cbambre à couclier. . . . 18.000 —
Non contente de ces prix, très élevés pour le temps, elle y ajoute encore des « galanteries », qui varient de trois cents à deux mille quatre cents livres, pour l'artiste, sa femme ou sa fille, pendant l'exécution du travail. Elle poussa plus loin encore la générosité envers la famille de Yan-Loo, ù ce que rapportent les Mémoires secrets. Elle avait acheté, en effet. Ma vente qui fut faite après la mort du peintre, deux fort beaux tableaux, ((u'elle paya quatre mille livi*Ds. Deux seigneurs russes, de passage à Paris, s'étant, peu après, engoués de ces toiles, la prièrent de les leur céder. Elle refusa d'abord, ])uis, se ravisant, leur fit dire que a s'ils en étaient ])assionnés, peut-être à force d'argent se laisserait-elle tenter ». Ils proposèrent cinquante mille livres; e le
vert, satif riin d'cuv qui est relié en Ijlanc. Ils coiistiliieiil un document des plus précieux pour l'étude de l'existence intime de madame (leodrin, cl j'y aurai recours très fréquemment dans la suite de cet ouvrage. On trouvera à ÏAppendice quelques extraits de ces carnets, notamment la liste et la désignation complète des taljleaux de madame GeolTrin, avec le prix dont elle paya chacun d'eux.
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accepta sur-lc-clianip celle somme, en relira les qualrc mille livres d'achal, et envoya le surplus à la \euve de Van-Loo, qu'elle savait fort gênée.
De tels procédés étaient certes capables de faire l)ardonncr quelques torls de caractère, une humeur un peu sèche et cassante, une ingérence parfois excessive dans la composition des œuvres qui l'intéressaient plus particulièrement. Il en résultait bien de temps à autre quelque « piquanterie » passagère; mais dans la ])lupart des cas, comme avec le bon \an-Loo, la réconciliation suivait de près la querelle ; et l'on ne cite guère que Boucher, qui, chargé par madame Geoffrin d'un tableau destiné au roi de Pologne sur la Continence de Scipion, ait refusé nettement de se plier à ses « fantaisies », et se soit enfin « soustrait à ses exigences », en renvoyant à \ien le travail qu'il avait d'abord accepté ^ Mentionnons encore l'accès de dépit de Grcuzc, blessé au vif par une critique un peu trop verte, et venant trouver Grimm pour s'en plaindre amèrement : « Qu'elle tremble que je ne l'immortalise! s'écrie-t-il d'un ton furieux. Je la peindrai en maîtresse d'école, un fouet à la main, ci <'lle fera peur à tous les petits enfants présents et à venir ! »
xV mesure que les années s'écoulent, ces dissentiments se font de plus en plus rares. Madame Geoffrin,